Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Psychanalyse et animaux.

"Le pigeon" de Patrick Süskind :amour, phobie, génocide, l’impossible séparation.

21 Novembre 2014, 04:21am

Publié par Jo Benchetrit

Ce très bon livre, "Le pigeon" de Patrick Süskind , se lit facilement, est court mais riche. Il a le mérite de montrer l'irrationalité de la peur phobique, et l'innocence de l'objet d'une phobie.


 Les phobies d’animaux causent chaque année la mort de milliards d’animaux.
Or les gens s’arrangent toujours pour trouver que la faute, la cause de leur repulsion, se trouve chez l’animal.
 L’objet phobogene,  être designé parfois par la vindicte populaire,  est un lieu de cristallisation negative.
Inverse de l’amour, lieu de cristallisation positive. Dans les 2 cas, l’autre y est pour peu de choses.
 Il s’agit bien d’apparence d’objet d’aversion car le veritable objet de la phobie est inconscient.
C' est une façon de défendre comme on peut certaines espèces animales dites « nuisibles » que de communiquer au patient, au public.  

J’ai permis une guerison d’une grave phobie chez une enfant de 8ans qui etait terrorisée par les chiens depuis l’âge de 6 mois.
Elle ne sortait pas de chez elle, et pour aller à l’ecole c’etait dans les larmes et pas toujours possible...et sous bonne escorte de ses parents, sinon, c’etait impossible.

Un calvaire.
La therapie n’a duré qu'1 an et s'est terminée vraiment avec succès car, non seulement il n'y avait plus de phobie de chiens, mais la structure dela demoiselle avait changé et elle pouvait supporter la séparation, ce qui, avant,  etait une prouesse chez elle, comme chez tout phobique d'ailleurs... En partant dans la salle d’attente, sa mere l’embrassait sur la bouche, et lui disait: «  Je reviens, p'tit loup. »
Y avait de quoi faire, non?
Idem du racisme dont l'antisémitisme où l'objet d'horreur est huma
in.

 

La phobie est une structure mentale proche de l'hystérie, mais avec des éléments paranoïaques. Elle fut analysée par Freud dans Le Petit Hans.

Ce dysfonctionnement psychique est décrit dans le livre de Patrick Süskind, Le Pigeon.

Que peut dire la psychanalyse d'un tel roman?

Il décrit Jonathan, un obsessionnel, donc un homme qui fait le mort pour ne pas mourir, psychorigide, réfugié dans une chambre de bonne sans confort mais où il met son âme comme un bébé dans le nid maternel jusqu'à ce qu'un événement bouleverse tout de sa vie désespérément terne en provoquant chez lui une réaction phobique.

Jonathan est incapable de retourner chez lui car un pauvre pigeon se trouve être sur le palier au moment où il passe. il en est terrorisé. A peur du regard, de l'oeil du pigeon qu'il voit rond et noir. J'ai connu une phobique qui voyait les yeux de pigeons ROUGES et impitoyables! Mais pourquoi cette innocente créature sans agressivité peut elle l'avoir mis dans cet état pathologique?

Ce serait une erreur de chercher chez ce pigeon la cause de ce trouble. Il est évident qu'il ne sert que de révélateur d'un problème de personnalité plus structurel. Il signe un souci qui rend impossible la relation à l'autre. Nous apprenons que ce sujet est introverti et solitaire. C'est un traumatisé de la guerre, en particulier du génocide dont sa famille , en premier lieu, sa mère, fut victime.

il en vient à avoir devant ce pigeon une réaction qui lui permet une sorte de progrès: il y a de l'autre et il est vivant, lui. Il ne peut plus faire le mort comme quand les nazis cherchaient les juifs pour les tuer. Il est donc, selon son fantasme, en danger.

Il passe de la névrose obsessionnelle à la phobie. Il devient vivant, donc mortel.


Jonathan Noël, cet adulte resté paralysé, sclérosé, psychorigide était mort avant de mourir mais paradoxalement pour rester vivant car bouger, c’était se condamner à mort quand il était planqué des nazis.
Cette apparition colombine (symbole de paix!)lui fait changer de "train-train". Il ressent enfin son corps qui lui envoie un signal de souffrance. Pour la 1° fois de sa longue carrière, il a mal aux pieds à force de rester sans bouger debout comme l'exige son travail de vigile: immobile, l'oeil ouvert, comme celui qu'il croit voir dans le pigeon, vigilant tous sens aiguisés comme le petit qu'il fut quand il est resté caché à cause des nazis dans la cave, en éveil contre le danger exterieur qui menace de devenir intérieur.

La maison, la peau, la carapace, le nid, ne protège pas toujours, cf. le destin de sa mère. Vigilant comme le pigeon qu'il ne sait pas apeuré dans le hall car il ne peut pas se mettre à sa place, par défaut d'empathie car il est enkysté en lui.

Voilà pourtant la joie de vivre qui revient, comme avant la tuerie de ses parents, sa jeunesse retrouvée avant de réaliser que le pigeon avait disparu...jouissance de sauter dans les flaques d'eau comme juste avant de rentrer le jour où sa mère a été raptée pour l'envoyer à la mort.

Cette régression est bénéfique. je veux croire qu'il ne sera plus comme avant et que le Jonathan terrorisé, sclérosé, en état d'auto-defense va laisser place à celui qui, de se souvenir peut changer. Ce Jonathan là, mort vivant est mort cette nuit-là. Pour éviter le pigeon, en effet, il a dormi une nuit hors de son antre pour la 1° fois depuis des années, dans une petite chambre d' hôtel et a fantasmé qu'elle était en forme de cercueil.

Cette « maladie » de la relation qu'on nomme phobie est très proche de la psychose, ( folie) , mais grâce à l’objet phobogène, le névrosé qui l’a en horreur, ne devient pas fou. En réalité ce dont le névrosé a peur n'est pas de celui qu'il croit. Il a peur de la castration de la mère, c'est à dire de sa mort et de la séparation d'elle. Les phobiques sont à la fois des inséparables de la mere et des fuyards de cette lourde dependance qui les bouffe.

Chez ce traumatisé, on peut réaliser sa peur d’être coupable d’être vivant alors que ses parents sont morts, tués pour rien, comme un pigeon tué parce que pigeon.

Aussi, au contraire de ce que le sujet en proie à une phobie s'imagine de manière projective, la victime de la phobie n'est pas lui mais l'être pris en grippe comme mauvais objet persécuteur qui n'est pour rien dans le délire du phobique mais peut le payer de sa vie.

Il en est ainsi de celui qui a peur des araignées, des rats, de tout être désigné par phobie sociale, y compris un groupe humain ( on peut faire un rapprochement avec le destin du héros du livre.
N'a-t-il pas subi la mort de sa mere par assassinat en camp dans des conditions évoquant la phobie sociale antijuive? Ce pigeon représente à la fois sa mère objet d'amour impossible et ceux qui l'en ont séparé, les tueurs nazis. Ceci reste inconscient.

Pensez donc, avant d'écraser une araignée, que tout être pris comme objet de phobie n'est pour rien dans la névrose de celui qui le hait, et en est la victime, pas le coupable ! Souvent, les sociétés mettent comme normes une phobie pour assurer la cohésion sociale.

Racisme, antisémitisme, spécisme y trouvent un grand appui. Pour s’aimer les uns les autres de manière fusionnelle, narcissique, entre "pareils", entre soi, donc de manière incestueuse et déculpabilisée, rien de tel qu’une haine de l’autre, ou juste d’un autre qui représente à la fois ce qu'on appelle le pêché, la faute, le mal (or le mal est toujours incestueux) et l’Autre absolu, le diable, celui qui n’est pas comme nous, qui n’est pas nous, l’intrus, le malveillant qui fait du mal aux innocents que nous sommes, donc introduit la nécessite de la séparation, donc celui qui permet la triangulation, le père, ou celui qui supplée à une fonction paternelle symbolique défaillante car le père est celui qui interdit l’inceste. Mais qui y supplée mal.

En effet l’interdit de l’inceste interdit les pulsions non sublimées qui se satisfont dans la barbarie, le crime. Du coup, l’effet positif de la symbolisation étant d’etre un sujet, la haine paranoïaque de l’autre rend les choses difficiles car de ce fait le sujet est assujetti à sa pulsion de mort et loin de s’interdire le mal, s’y pousse.

Le sujet est dans l'angoisse et on sait avec Lacan, que paradoxalement, l'angoisse nait d'un TROP, pas d'un manque. L'angoisse est motrice du desir d'effacer celui qui est supposé de trop. Alors que ce qui est de trop c'est le phallus. c'est l'enfant-phallus, objet de jouissance de sa mere d'avant la castration symbolique, avant la fin de l'oedipe par le NON du nom du pere.
Ce qui angoisse le sujet est de perdre son statut de sujet et de devenir fou, disloqué, de se perdre dans un grand tout.

C'est aussi de ne pas savoir ce qu'il va devenir, car il est entre les mains de l'Autre, L'Autre peut être malveillant, l'Autre dont il ne sait pas le désir, dont il ne sait pas CE QU'IL LUI VEUT.

CE QUI ANGOISSE, LE "CHE VOY?" C'EST ÇA: QUE ME VEUT L'AUTRE ?

En tant qu’hystérique, là, hystero-phobique, le sujet imagine un Autre qui jouit de son malheur à lui, pauvre victime.
Tuant le rat, essence du "ratisme", le sujet se croit hors de danger.
Que nenni, c'est ainsi qu'il devient fou.

Fou d’éliminer le rat dans une toute-puissance realisée entre soi, les non-rats. Le rat éradiqué, le sujet se croit enfin débarrassé du "en trop" , en s'octroyant du trop, du sans limite.
Mais non.
Le trop est sa non séparation de sa mère.
Le trop est sa non-castration.
Et ce n'est donc qu'en se privant d'éradiquer le rat ( "Rat" n'est il pas le nom générique de toutes les détestations, y compris de celle des pigeons surnommés rats volants?) que le sujet devient enfin sujet car le manque quil lui faut est sa castration symbolique, sa frustration admise comme inéluctable pour tout être civilisé, son désir enfin né de sa non passivité à sa jouissance incestueuse. Inceste-tueuse de l'autre separateur.

La phobie donc permet à la fois d'être un sujet et un sujet pas tout à fait sorti de la fusion mère-enfant. Il y a eu du trop de jouissance, trop d'objet non separable, pas assez de nom du pere, juste assez pour ne pas etre fou... Quoique le nazisme, le genocide des animaux comme les pigeons, sont malgré tout marqués par un délire paranoïaque où les plus folles rumeurs, les calomnies les plus debridées viennent permettre des attitudes perverses et donc sadiques.
Ce danger est visible si la phobie est partagée avec d’autres dans une grande complaisance et un aveuglement extrême et débridé. Attention ! Danger pour chacun! En effet, ça peut tomber sur n’importe qui, même vous, un jour, d’être le bouc émissaire d’un groupe qui a besoin de vous pour ne pas être psychotique, confusionnel, morcelé. Hélas, cela n’empêche pas la pulsion de mort d’opérer, d’abord or le groupe, sur vous, puis entre eux lorsque vous êtes mort.

Les malheureuses araignées, les pigeons, nouveaux objets phobogènes qui sont encore aimés passionnément par certains, les rats, par exemple, subissent la peine de mort à cause de ces troubles mentaux.

J’arrête là mon "cours". Pour en savoir plus, lire le petit Hans(Freud mais ce qu'en dit Lacan aussi) ou consultez pour vous si vous avez des objets phobogènes, que ce soit individuels ou sociaux comme les araignées, rats et pigeons ( eux encore aimés par nombre d’entre nous). Vous y gagnerez de vous sentir mieux, et de laisser tranquille les animaux ou humains que vous craignez et/ou haïssez pour ce qu'ils seraient selon un imaginaire effrayant.

Commenter cet article

jo 05/12/2015 18:55

merci, cloclo.

cloclo 03/12/2014 12:29

j aime de ce qui est ecrit car c est la pure verite !j aime les animaux qui nous apprennent tellement de chose et l homme que fait il ?il tue,abandonne etc ,jusqu'au jour ca sera lui et il ne comprendra pas pourquoi!