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Psychanalyse et animaux.

Essai d’analyse d’un évènement institutionnel en pédo-psychiatrie.

21 Avril 2013, 14:24pm

Publié par Jo Benchetrit

« Il est presque aussi facile de passer pour une personne brillante en disant des conneries, que de passer pour un con en disant des choses brillantes. » Trouvé sur le net dans un forum café du commerce. http://www.bdgest.com/forum/vegetarien-qu-est-ce-que-t-en-as-de-plus-t60345.html 

 

 

A mediter, puisque le con, c'est toujours l'autre: « Les cons gagnent toujours. Ils sont trop. » Cavanna 


« Les barbares finissent toujours par détruire ce qu’ils ne comprennent pas » Stanley Kubrick. In 2001, l’odyssée de l’espace.

Ceci sera très allusif, mais ceux qui vivent ça se reconnaîtront. Le fait que je pense fondamental d'intégrer dans l'éducation d'un enfant la prise de conscience de la banalité du mal fait aux bêtes dans notre quotidienneté m'a fragilisée dans mon CMP.


Il faut se servir de ce qui se passe dans le microcosme pour comprendre le macrocosme et vis versa.

Ce qui suit sera forcément partiel, mais pas forcément partial.

Je  ne joue pas à être psychanalyste. Mais je fais mon maximum pour offrir aux enfants de toutes classes sociales les conditions optimums qu’ils trouveraient en cabinet privé réservé aux plus aisés, pour qu’ils se mettent sur le chemin de la guérison, chemin  qui passe par celui du savoir, du réel dévoilé, de la lucidité. Le symptôme, c’est comme la barbarie, le retour du refoulé. Il s’agit pour nous de comprendre qu’on ne peut pas traiter un symptôme en pointant un doigt accusateur et menaçant en balançant des trucs du genre: Tu ne vas pas rester éternellement dans les jupes de ta mère. Tu dois maigrir. Tu  dois arrêter de fumer ou que sais-je encore d’absurde car si le « Y a qu’à » était efficace, notre patient n’aurait pas besoin  de nous…

Il nous faut  montrer que le symptôme est un langage qui dit quelque chose que nous devons décrypter.  En réalité nous hystérisons un symptôme muet en le faisant entrer dans le symbolique. Le  réel démasqué devient un élément de langage et ne peut plus nuire ainsi. Le  sujet n’est pas coupable, mais victime de son symptôme, qui n’est pas que le sien. C’est souvent, dans le cas d’enfant du moins, un problème familial, mais ça, on le sait. La famille n’est a priori pas coupable non plus. Il s’agit d’une persécution par le symptôme hérité  de toute une généalogie.   Le comportementalisme se fiche de tout ça et fait croire qu’il faut et suffit de guérir une phobie pour que la phobie  structurelle le soit. Alors qu’une phobie veut dire que le sujet est sur une frontière entre désir et jouir, entre névrose et psychose. Le  désir du phobique est paradoxal. Il est à la fois celui, régressif et mortifère de rester dans les jupes de sa mère et de l’autre, celui de s’en sauver pour rester un sujet désirant. Il convient de montrer que le phobique a peur de tout autre chose que de l’objet qui lui fait peur. Par exemple, ce n’est pas la faute de l’araignée si elle fait peur. Il faut dire au sujet phobique qu’elle ne mérite pas la peine de mort, car ce qui  est en jeu dans cette peur-haine est tout autre chose, qu’elle dit autre chose, et que l’araignée ne dit que : « je ne veux pas mourir et ne te menace en rien, car c’est toi le danger, pas moi. »  Le phobique est pris entre   la peur  de la folie incestueuse du tout est permis, et   l’angoisse de la castration, étape  obligatoire par la métaphore paternelle pour sortir de la folie des pulsions préœdipienne criminelles.   La sortie de l’Œdipe passe par la loi qui interdit leur satisfaction telles quelles. Tuer un être qui ne menace pas notre vie est de l’ordre de la satisfaction qui doit être interdite par la loi qui clôt l’Œdipe. Ainsi pourra subsister le sujet désirant, libéré à la fois de son lien ténu et dangereux à son cordon ombilical  et de son symptôme qui n’aura plus lieu d’être. C’est cette liberté  lucide  que l'on recherche pour 

accéder à la guérison, qui est l’abandon de la jouissance  asservie à la pulsion de mort inconsciente, côté pile et réel de la souffrance invalidante   du symptôme. Ainsi la guérison Hans (le petit Hans de Freud) passa par la compréhension que ce n’était  pas du cheval dont il avait peur, mais  de son père. C’est à dire entre autres—car un symptôme a plus d’une cause— qu’il avait peur de la fonction paternelle séparatrice castratrice de la mère.

Notre fonction  auprès des patients est aussi de cet ordre, et cela peut provoquer des mouvements de rejet, de résistance, et au final  un passage par le transfert négatif d’un patient ou de sa famille. Le meilleur soutien de la fameuse équipe sera alors de lui redonner confiance au lieu de lui donner raison, ce qui est une aide apportée au symptôme, bien sûr si le psy fait au mieux son difficile travail. Vient alors le souci de la confiance que vous dites avec M.(une femme médecin) ne plus avoir à mon sujet,   et avec C. (une psychologue nouvelle dans l'equipe)cette terrible offense, que je ne les respecterais pas, ce qui est si sot que je n’arrive pas à croire que vous la croyiez alors que nous bossons pour beaucoup ensemble depuis des lustres. 

Ce  qui s’est passé l’autre  jour, c’est comme un séisme, mais ça se différencie de ce mécanisme en un point crucial. Un séisme est l’effet de mouvements souterrains qui ne se ressentent pas de suite, mais qui, lorsque la pression est trop forte, peut provoquer une catastrophe en surface.

Là, ce n’est pas la pression qui était trop forte mais l’autorisation qui fut donnée qui permit la mise en pièces de l’une d’entre nous, en l’occurrence , moi. Hélas ! Hélas pourquoi ? Parce que moi, s’il s’était agi de quelqu'un d’autre pris comme cible de la haine, je n’aurais jamais laissé faire. Mais c’est bien là que réside mon originalité : je me mouille, moi, et ne laisse pas faire d’injustices  en ma présence. Si je ne peux pas les empêcher, hélas…car le rapport de forces n’est pas tjrs favorable, j’aurais au moins essayé et montré qu’on doit être courageux, y compris en état de faiblesse.  Je ne laisse jamais battre qq à terre par une meute de gens qui trouvent là l’occasion de se défouler. L’incompréhension hostile de M , la haine dans le ton d’une violence jamais vue encore dans ce CMP qui en a connu d’autres, pourtant, très comparable à celle de L , finalement, de C , furent le signal de la curée. C’est que, bon an mal an, et ce, quelque soient nos différences éthiques, et les effets de ces différences sur nos appréhensions des  collègues, nous étions restés jusque là dans les limites de la bienséance. Cependant mon expérience avec Lysiane (ex-secrétaire rendue furieuse je ne sais pas pourquoi par mon passage à la télé, à l'arène de FRance où j'ai causé contre la chasse)m’avait appris qu’en cas de mise en difficulté, je ne devais me faire aucune illusion sur la solidarité à mon profit.

Tant qu’il n’est pas politiquement correct de haïr, tout reste dans l’ordre. Mais dès que quelqu’un que l’on imagine insoupçonnable   va porter le discours de haine, alors, les verrous sautent et le « bon peuple » se met à laisser sortir tout le fiel que le politiquement correct antérieur avait rendu muet. La haine la plus abjecte devient légitime, noble, exprimable sans honte.


Il en est ainsi dans les exemples suivants :


1) Si Le Pen dit   des choses contre  les juifs, personne ne le suit.
Mais si c’est un homme de gauche, tout le monde se met avec lui. C’ est ainsi que ce qu’on croyait incompatible, à savoir un antisémitisme  de gauche avec les mêmes bévues que celui de l’extrême -droite, est apparu. Certes Staline l’avait déjà experimenté…mais ça semblait loin et surtout tabou à dénoncer, donc moins  connu que l’autre, celui d’Adolf.

Alors que   la gauche intellectuelle était attendue pour donner comme ce fut son rôle la secondarité de la réflexion, elle échoua en se laissant aller dans la primarité d’un discours antisioniste  cache-sexe de l’antisemitisme qui apparaît parfois à nu. Loin de calmer le jeu, elle a fait entrer l’expression de la haine dans le champ de la légitimité.

 

2)Lorsque  quelqu’un défendant des positions    originales  et œil de Caïn c'est à dire culpabilisantes, comme moi dans  mon CMP, il suffit qu’une autre psy arrive et déverse sa haine contre lui pour que tout le monde s’en désolidarise. Ouf! Pensera chacun. Ce n’est pas que les gens deviennent pire, mais ils montrent le  pire de ce qu’ils sont. En gros, il y a les franchement haineux et les comme dab, prudents, suiveurs, regardant le match de boxe à 10 contre 1 sans  dire un mot.

Einstein : « Le danger vient plus de ceux qui regardent et se taisent que des bourreaux. »  

D’ailleurs ceux-ci finissent toujours dans le camp des bourreaux car qui ne dit mot consent et finalement, adhère …ça s’appelle la lâcheté , un trait fréquent de notre  espèce. 

La cause réside dans ce que Freud dit dans Malaise dans la civilisation :la barbarie  est le background. La civilisation, un mince vernis.
L’humain aime haïr. Mais il a honte de haïr seul. C’est un suiveur dans la haine.

Rien de mieux que la haine envers un groupe ou une personne pour permettre à un groupe de s’aimer les uns les autres en oubliant ce qui les différencie.

D ’où  les dangers de l’effet de groupe, le goût des foules pour le lynchage les menant au pire et si personne ne dit haut et fort que ça suffit, s’il laisse à penser qu’ il entre peu ou prou dans leur jeu, le bouc émissaire sera sacrifié à leur  férocité. Mais en général cette union est illusoire et le leader finit par payer son pouvoir pousse-au- jouir en en subissant d’une manière ou d’une autre les dommages.

Après un séisme, que doit-on faire ? Déjà, sauver ce qui peut l’être. Il  faut refermer les failles ouvertes. Il  faut réintroduire la confiance, la bienséance, l’amour, peut  être …

Je crois  à présent en la métaphore paternelle portée par A (femme médecin-chef) qui doit garder la main pour que nous évitions l’écueil  de l’iceberg briseur d’équipe. Je   voudrais en profiter pour vous dire que l’équipe pour moi, c’est chacun dans ce qu’il peut apporter à un patient, et j’en ai, comme vous, besoin.    Mais je crois aussi que l’équipe peut être comme un patient, affectée par un symptôme.   N’oubliez pas que nous sommes en pleine restructuration, que nous devons intégrer pas mal de nouveaux, plus ou moins bienveillants devant ce qui était déjà là. Qu’on fasse son trou n’impose pas d’en passer par le vandalisme. A réfléchir.

Après le règne de Thanatos, après la mise en pièces, on pourrait enterrer la hache de guerre.
Je ne suis pas partisan des conflits qui durent éternellement, bien que prête à tout.  Car je suis pessimiste, connaissant trop bien l’humanité pour ne pas avoir compris que c’est un classique des groupes sociaux de se souder narcissiquement contre un supposé différent. Cela ne donne jamais rien de bon et pour le capitaine que je suis de mes thérapies, je dois, il me faut vous le confier, dépenser une grosse énergie pour continuer à tenir dans cette injuste tempête la barre dans le respect et l’intérêt de mes patients, ce qui est mon cap. Je ne sais  pas si cette affaire provoquant mon épuisement peut servir à quiconque sinon à renforcer le pire en certains.

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