Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Psychanalyse et animaux.

Lacan, merci! Culture est morale. L'aveu de Mitterrand à France Inter.

20 Octobre 2011, 08:36am

Publié par Jo Benchetrit

 

http://photos.exposay.com/Frederic_Mitterrand/frederic_mitterrand_0GdHP.jpg

Belle photo de  Frédéric Mitterrand au festival de Cannes.


 F.Mitterrand, l'homme qui a osé laisser-faire admettre la corrida au patrimoine culturel de la France (en suivant l'avis d'une commission pseudo-scientifique car pas neutre puisque présidée par un aficionado notoire, Philippe BELAVAL) a dit quelque chose que j'aurais pu dire au sujet de la culture. Mais quoi? Suspense, voyez plus bas. 

http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Duchamp/images/m/4-3I01505-urinoir.jpg

 

L'urinoir de Duchamp

 

Le début de la mort de l'art? Ou juste celui du grand malentendu de la culture ?
L'urinoir de Duchamp n'est qu'un 
simple urinoir, mais il l'a présenté à l'envers. Ce qui plaît là dedans ? L'insolence, l'audace, la possibilité de poser un autre regard sur les objets les plus banals, objets que nous ne voyons plus de trop les rencontrer. C'est du 
 "ready made".

Marcel Duchamp définit le ready made comme un "objet usuel promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste" (article "Ready Made" dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme)1.

C'est exactement dans cette veine  que Frédéric Mitterrand,passé à France Inter ce matin le 20/10/11, a donné le ton à son interview ce matin:

 

 "Votre bureau, c'est de la culture."

Ben ça commençait mal!  Car accepter que seul le regard fait l'oeuvre d'art est ..Hélas! car c'était bien sympath comme idée... une porte ouverte au pire, et à la barbarie élevée au rang d'être culturellement admissible. Je ne vais pas faire ici d'histoire de l'art, mais depuis installations,performances et autres bricoles ont souvent viré à la mise à mal et en pièces de vivants sensibles. On le voyait venir, notre ministre, avec l'admiration obligée pour cet "art" contemporain le plus pernicieux, le plus snob, immoral car le plus capable de faire admettre la cruauté la plus obscure dans la culture. 

Comme son principal représentant, le paresseux, incapable de peindre selon lui-même, richissime car les idiots achètent un prix fou d'immondes fabrications (qu'il fait faire le plus souvent et n'a  pas toujours vues!), le méprisable car cruel avec les animaux qu'il utilise comme du simple matériel dans de pseudo-oeuvres, l'anglais Damien Hirst:

 

http://vmaurin.free.fr/dotclear/images/2006-11/hirst.jpg



Il y a aussi des oeuvres "culottées" comme Merda d’Artista de Piero Manzoni.  "L'œuvre réalisée en 1961 se compose de 90 boîtes de conserve cylindriques en métal (4,8 × 6 cm), hermétiquement fermées, prétendues contenir les excréments de l'artiste, étiquetées, numérotées et signées." Wiki.

 

http://img.over-blog.com/282x300/1/87/03/33/Zoe/manzoni.jpg

Là, ça ne me dérange pas plus que l'urinoir. Ce n'est pas immoral. Même si ça se vend au prix du gramme d'or. La boite pèse 30g!

 

Là où ça devient obscène :

http://nantes.indymedia.org/attachments/jan2008/1748857_0.jpg

 
Enchaîné, dans un musée au Venezuela, un chien décharné gisait dans un box entouré de chaînes, comme une sculpture. Il avait été mis là par un "artiste", sans rien à boire ni manger. Il est mort affamé et assoiffé sous les yeux indifférents des visiteurs du musée qui le voyait comme n'importe quelle "oeuvre"! Sisisi. L'abjection est confondu avec l'art si on y accepte n'importe quoi du quotidien ou pas.
Et il faut savoir que mettre la corrida au patrimoine culturel, c'est de cet ordre.

 

http://img145.imageshack.us/img145/9697/corr11.jpg

No comment...trop à dire, et à pleurer.

 


 

Ça commençait donc de ce point de vue, assez mal, cette interview. Il n'a pas dit ensuite qu'il allait retirer la corrida du patrimoine, même si il a affirmé ne pas demander, ouf!  l'inscription de l'abomination tauromachique au patrimoine à l'UNESCO et a dit avec des termes plus neutres que moi, son intention de virer la clique de la commission qui l' a mise dans le catalogue français.  Il n'aime pas la corrida mais semble nous regarder de haut de nous battre contre. Ça se ressent à sa façon de parler des anti-corridas qui l'irritent bien. Mais ça c'est très bien terminé, sur un tout autre sujet, où notre ministre s'est mis très en colère, celui du piratage de films sur le net:

L'interview s'est quasiment terminée là, comme  une scansion d'une séance d'analyse lacanienne, quand on peut et doit arrêter la séance ( c'est le sens des séances courtes de Lacan) car la révélation soudaine du réel est venue porter enfin un coup fatal à l'imaginaire narcissique qui empêchait le sujet d'y voir clair. Croyant parler d'un auditeur qui a avoué son piratage de films, il a dit d'un ton très sévère:

Il a oublié qu'il y a une dimension morale de la culture"

Haaaaaaaaaaaaaa! Enfin!  Et là, il parle de lui-même .

 C'est malgré tout moins immoral de regarder un film gratuitement que de  faire torturer des animaux, de les supplicier soi-même, ou encore de faire martyriser des veaux par des enfants comme le font les gens inqualifiables de "graines de toreros", forts de leur inscription au patrimoine culturel.

On aurait aimé que  FM soit au moins aussi véhément en parlant de corrida qu'en causant de piratage de films. 



J 'aime quand l'inconscient surgit dans cette sorte de lapsus qui permet d'avancer. Je considère en effet que ce qu'il a dit là est de l'ordre  du surgissement de la vérité du sujet. Tout ce qu'il a dit avant est caduc, dans l'air du temps, juste en conformité avec un certain snobisme de l'art contemporain. Ce que j'appelle bazar.

 

Et je  précise que M. Mitterrand ne s'est visiblement pas entendu dans l'instant, n'a fait aucun lien avec la corrida ni bien sûr...avec la gastro-ignominie, du moins consciemment!

 
 

Aussi, SVP, écrivez lui que vous êtes d'accord++++++++++ avec sa définition de la culture comme morale. Là, il peut entendre que nous  soyons fondé à être anti corrida et anti foie gras au patrimoine.(enfin, dans notre banalité aussi).
 Ainsi  qu'anti tous les autres us et coutumes cruels.


 

Si on admet qu'il lui faut une dimension morale comme le dit à juste titre notre ministre de la culture,  c'est que la culture,  la civilisation, c'est   l'élévation de la pensée et la castration des pulsions.  L'humanité a un ennemi: son système de satisfaction. Elle n'a pas que des besoins ou de l'instinct. La jouissance pulsionnelle  est un effet du symbolique qui éloigne l'humain, le "parl'être", du Réel. Le désir demande jouissance, pas juste une satisfaction simple que d'aucuns diraient imbécile. Cette jouissance nouée au fantasme est destructrice, malheureusement, à cause de son maître: Thanatos.

La pulsion de vie contenue dans la culture   rend,  grâce à la loi du père,   les pulsions non destructrices. Elles deviennent au contraire créatrices  d'oeuvres diverses non immorales. C'est ça, le travail de la sublimation, une opération de transformation complète  pour civiliser le pire par le père qui l'interdit tel quel, des pulsions barbares d'origine et les rendre morales.


Allez au bout de cette logique et ça donne:

 

La condition nécessaire à ce  que quelque chose puisse concourir pour être un fait de culture est sa conformité avec la morale.

 

(Je ne veux pas utiliser ici ces termes de culture et de  civilisation en ethnologue, car là,  on serait dans le règne du relatif  et de l'a-moralité.)

 

Je ne m'en lasse pas/Merci monsieur le ministre:

Il a oublié qu'il y a une dimension morale de la culture"


 

 

 

 

 

  

Commenter cet article