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Psychanalyse et animaux.

Puisque nous sommes bisexuels, tout amour est à la fois homo et hetero!

15 Août 2012, 04:25am

Publié par Jo Benchetrit

Reflexions sur l'amour, ce dur combat vers le bonheur. "Il n'y a pas d'amour heureux." Aragon.

Et pourtant nous voulons tous aimer et puisque nous sommes  narcissiques même en se soignant , être aimé.

L'amour est une chose difficile lorsqu'il est hétérosexuel. En  effet, "l' homme désire , la femme aime" Lacan. Difficile, dans ce cas, de se retrouver en relation. "Il n'y a pas de rapport sexuel", lance mon provocateur préféré et souvent fort  lucide,  Lacan.

Ce  qui ne signifie  pas qu'un homme ne puisse aimer. Mais  alors, c'est sa part féminine qui aime. Car  nous sommes tous bisexuels selon Freud.  Mais les proportions du mixage en chacun entre mâle et femelle est différent selon l'individu et peut être la situation, l’Autre, c’est-à-dire ici, le partenaire. Et en général, on ne s’étonnera  pas que les femmes soient plus femmes que  les hommes ! Lacan disait aussi qu’il «y a des hommes qui sont aussi bien que des femmes. » Donc, peut être  des hommes capables d’aimer, dans toute l’oblativité et l’attention à l’Autre que cela suppose ?

Par contre, toutes les  femmes ne sont pas aussi bien que   peuvent le décrire  les nouvelles féministes à l’américaine  qui les placent en haut d’un idéal de pureté.
Ce sont selon elles par définition des victimes innocentes, qui ne mentent pas, ce qui est  archi-stupide et faux. Car elles sont elles aussi des êtres humains. Et  la preuve est faite que nous sommes une espèce peu  recommandable du point de vue morale.

Et les femmes sont  si habituées depuis des siècles à être perçues comme possession de l'homme, qu'elles cherchent evidemment à le posséder! "Il croit m'avoir et c'est moi qui l'ai bien eu" pourrait dire une femme que sa condition a poussé à cette prostitution ignorée du fait qu'elle est legitimée par l'anneau du mariage. 

  Que   l’aimant puisse être généreux  et oblatif  n’empêche pas l’amour  d’être toujours, en dernière analyse, narcissique, selon le même Lacan.

 


C’est pour ça que le dédain que suppose une   relation adultérine qui se veut purement sexuelle instaurée par l’un des 2 provoque une souffrance ontologique chez la « maîtresse »(drôle de signifiant quand on sait que le signifié est de ne pas maitriser la situation autrement qu’en en sortant !) une souffrance non seulement de ne pas être payée de retour au niveau amoureux mais de se sentir   absolument désavouée comme objet d’amour possible, donc comme personne valable. Du coup, dans ce triangle aux relents eodipiens, ben-sûr, l’aimé, le plus souvent homme infidèle, devient persécuteur aux yeux de l’aimante car celle-ci ne supporte pas la place dévalorisante de ce qu'elle ressent parfois de simple "vide-couilles" (donc objet de désir qui devient déchet, la princesse qui redevient après l’orgasme la souillon Cendrillon) qui lui revient.

D’ailleurs limiter la relation entre 2 personnes à une affaire de sexe est   imbécile. Ce n’est au final qu’une relation masturbatoire.  Ce qui rejoint ce que nous dit Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel. » Chacun est dans son film. Et le désir n’est pas l’amour qui veut faire 1, qui change le discours de chacun, donc peut aller jusqu’à changer sa structure !

Mais la maitresse reste aux commandes du désir de son aimé. En cela, elle est bien le maître dérisoire d'une relation degradante à ses propres yeux. C'est à sa flamme que l’homme s'enflamme. Pas à son envie de se faire sauter, quoiqu’il  en croie. Ou plutôt à ce que son désir à elle  est l’effet de l’amour qu’elle ressent pour lui. En dernière analyse, l’amant veut être maitre de cette femme, au sens où il veut l’habiter,  et pas seulement de sa bite.  Il croit désirer son désir au sens de besoin consommatoire, mais tout prouve qu’il est en manque narcissique et qu'il veut d’abord de l’amour. 

Mais de l’amour sans souci, si il veut rester avec son épouse. Il veut juste les bénéfices de l’amour : être bien accueilli, désiré, attendu, aimé…Mais pas le versant souffrance. Son slogan ? « Souffre, mais en silence. Patiente, un jour peut-être… ! »

Ainsi, la maîtresse amoureuse est patiente ou ne sera plus. Elle doit passer toute une vie à l’attendre, puis à le voir disparaître dès que sa « mission » est faite :l’émission du "précieux" jus d’homme. Amoureuse, discrète, et en prime  heureuse de ça ! Comme on dit, le ridicule ne tue pas. Mais à ce stade, il peut détruire un peu.

 

Le désir veut faire du désirant quelqu'un de complet, de tranquille, de sauvé de cette tension qu’est le désir. C’est dans l’ « au   delà du principe du plaisir » qu’on voit où mène le désir: à la (petite) mort.  Le désir est pressé de disparaître et de laisser place à l’acmé, l’orgasme, feu d’artifice de sensations qui  est succédé par la mort apparente mais momentanée du désir. Laissant parfois place au désir de désir, ce moment de calme, souvent rieur( du genre : tout ça pour ça !) est pourtant le but du désir.

 

Si le désir sexuel est un instantané, l’amour est éternel.  Dans une vraie relation amoureuse, où siègent  amour et désir, l’amant comme l’aimé (ce qui bascule de temps à autre mais reste réciproque)  sont à la fois dans l’instant du désir et dans l’éternité de l’amour, dans la destruction  du désir et dans la construction amoureuse, dans le Thanatos du désir et l’Eros de la fusion amoureuse. Le désir, pourtant, est vite happé par la vie. Si le désir sexuel, c’ est  le manque on sait que le manque rejaillit très vite après la sensation rarement totale de complétude.

Si le désir tend à détruire la relation , dès qu’il est satisfait donc qu’il a disparu, l’amour répare ces dégâts dévastateurs, dans une histoire qui est aussi ailleurs que dans le partage du plaisir sexuel temporel par fatalité physiologique.

Quant à l’amour qui est tressé avec le désir dans bien des cas, il occupe le temps. Lacan toujours : « Le transfert, c’est le temps. »
L’amour veut retrouver sa part perdue, en fait son 1° objet d’amour, sa mère, alors que le désir veut retrouver un objet "a", perdu par la castration, ce qui est impossible dans les  2 cas. Mais l’amour peut combler, alors que le désir ne peut que renaitre de ses cendres, sans cesse. Le désir débouche sur l’éloignement  de la personne qui vous a fait jouir, qui a rempli sa fonction, vous faire jouir. Et si vous ne l’aimez pas assez ou pas du tout, nous n’avez pas envie de rester avec elle, après. Et vous avez hâte de repartir vers votre « vraie vie », rejetant dans je ne sais quel statut d’irréalité ce qui c’est passé là, qui, en fait est aussi votre vraie vie.

Souvent, dans l’adultère, l’amour est plus présent chez la personne qui occupe le rôle de l’autre. Celui-ci est d’autant plus aimant qu’il peut confondre la douleur amoureuse, car l’aimé n’est jamais assez à soi, n’est pas un avec soi et est de toutes les manières ou pas assez, ou trop, selon les moments et les rôles de chacun (« il n’y a pas d’amour heureux »Aragon),blessure nacissique de ne pas être choisi pour créer, accompagner, être sur le versant de la reparation mais plus sur celui de l'éternelle séparation, souvent difficile à acquerir. Au desir de fusion amoureuse, lorsque la maitresse a compris que son statut ne changera jamais, se substitue en effet celui de la séparation.
L’idéal est que l’amour soit orienté vers la même personne qui suscite du désir. Mais chacun sait combien les femmes sont plus fréquemment que les hommes dans cette affaire capables de faire correspondre les 2 parts de cette affaire dans la relation amoureuse.
Un amour qui est à la fois dans l’instant du désir et dans l’eternité de l’amour, dans la destruction du désir et dans la construction amoureuse, dans le Thanatos  du désir et l’Eros  de la fusion amoureuse.



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