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Psychanalyse et animaux.

moisissure.

, 11:53am

Des mots à la chose, de la chose aux mots…

Homo n’est pas Sapiens. Mais il croit l’être.

 

Si le mot tue la chose  réelle en la remplaçant, on ne peut pas dire que la nomination soit sans effet sur le réel. C’est ainsi qu’on peut constater avec Sartre qu’il « fait la chose » en créant un autre réel. Mais cette création, bien souvent est imaginaire. En d’autres termes, au lieu de chercher à savoir, il croit savoir. Et de cela, il déduit une ligne de conduite qui peut du coup être assez inadapté. Il en est ainsi du mot « animaux ». Sans mauvais jeu de mots, que de maux intolérables résultent de l’imaginaire que l’homme y met en guise de significations !

C’est que l’animalité lui pose problème. La science dit qu’il en est. Mais l’homme n’en a pas envie. Il faut bien dire que vu la façon dont il considère les animaux, ce n’est guère une promotion que de se sentir animal.

Les religions, ces discours que les peuples se fournissent en réponse à leurs questions métaphysiques sur le sens de la vie, le donnent en général comme d’une essence séparée des animaux…………….

 

 

 

 

 

 La science non, et pourtant elle se sent tout autant autorisée à profiter des animaux. C’est qu’à la base de la science, il y a la même vision métaphysique de la valeur humaine qui serait  supérieure à celle des (autres, pour la science)  animaux. On y retrouve la même idéologie à la fois fortement chargée en survalorisation qui débouche sur la même immoralité d‘action que dans les religions.

Bien-sûr, les religions ne sont pas sans certaines pensées sur l’animal. Et certaines demandent, textes à l’appui,  à ce que des égards soient imposés. Mais aucune ne dit clairement que toute exploitation des animaux est un péché. Simplement, certaines demandent à ce qu’on tienne compte de leur sensibilité.
Etrangement, alors qu’elle est censée apporter un plus de raison, alors qu’elle reconnaît l’homme comme un animal parmi d’autres, la science n’en est même pas encore là !

C’est qu’il doit exister comme un ver au sein même de ce qui est supposé se distinguer des religions. En effet, la science a pour mission de donner du réel une vision qui se démarque de la croyance. La science transmet ce qu’elle découvre comme un savoir objectif. Elle est donc d’essence une vision non influencée par un discours aprioriste sur le monde. Elle ne devrait donc pas s’appuyer sur une vision du monde où les hommes sont décrits comme supérieurs et où cette supériorité  donnerait des droits. Et pourtant, son utilisation des animaux comme de choses, comme du matériel de laboratoire corvéable à merci, interchangeable, et à tuer après usage, montre que la science , cette science-là qui se base sur l’expérimentation sur des vivants sensibles contraints, repose sur une croyance. Ce n’est donc pas de la science. Elle repose en effet sur une vision métaphysique qui relie les hommes, qui, comme une religion qu’elle est, se donne comme LA vérité incontestable. Mais laquelle ? Cette  croyance ne se sait pas croyance, évidemment.  Cette méconnaissance ne lui est pas difficile car ce qui sous- tend la science participe du collectif, de la banalité d’une vision du monde fondée sur, sur quoi, donc ? Ce qu’on peut appeler son dogme  apparaît consciemment dans le discours courant de tous les hommes. En gros, ce discours c’est : « à côté d’un homme, aussi minable soit-il, les bêtes sont secondaires, voire, pensent certains, moins que rien. Nous valons mieux que la bête la meilleure, et tout ce qui est fait pour nous est prioritaire sur eux. Nous ne sommes pas immoraux, au contraire, puisque le bien  est prédéfini on ne sait par qui, un Autre non barré mais qui n’est pas Dieu si on n’est pas croyant… mais qui fonde en « droit » un postulat fondé sur un solide narcissisme et qui est la conviction  que nous sommes prioritaires sur tout et propriétaires de tout…de la planète, de l’univers, des pierres et des vivants sensibles ou pas s’y trouvant ». Certains s’appuient sur la Bible, d’autres sur d’autres religions, et tous sur ce que véhicule la religion commune aux hommes.
Cette religion qui ne se reconnaît pas comme telle, c’est la religion qui relie inconsciemment les hommes de tous pays…celle qui, consciemment, désigne le bien comme ce qui donne priorité aux hommes. Vous aurez peut-être reconnu ce  qu'on croit être notre meilleur idéal, mais qui participe de la   religion, est nous mène droit dans le mur parce qu’il a des effets pervers, et parce qu’il a un nom si valorisé qu’il faut du courage pour le contester : l’humanisme, nom philosophique de la religion par excellence, celle de l’idéologie dominante conforme au   narcissisme humain, celle qui répond à l’homme inquiet qui demande : qu’est ce que je fous ici ? Qu’est-ce que je vaux ? « Tu es là parce que tu es ce par quoi tout existe, la cerise sur le gâteau de l’évolution ou de la création, selon tes convictions,  le nec plus ultra de l’univers, la gloire de la nature que tu dois gérer   car sans toi rien ne pourrait exister. Et à ce titre tu vaux mieux que tout le reste du monde. Tout ce qui est est à toi. Tout ce que tu fais à ce qui n’est pas classé homme, par conséquent, si tu en tires un quelconque intérêt dont le simple plaisir, est légitime. »

C’est cette religion qui fait que l’homme, en général, se croit le dessus du panier. Il en déduit, s’il se tient à  Darwin, qu’il a des droits sur le dessous de la pyramide des espèces ou sur le reste de la création divine pour les religions.. La vision de Darwin, en effet, comme dit Lacan, n’a ainsi « pas rendu service aux animaux » par rapport aux religions.

 

 

Ainsi, l’homme moderne, dans sa grande folie qu’il prend singulièrement pour de la sagesse—cf. son nom scientifique : « Homo Sapiens » qui signifie homme sage !--  a, en nommant   les autres (animaux) en s’en démarquant--« je me pose en m’opposant »(Sartre)--  inventé un signifiant  qui touche à sa conception de l’être humain.
Cela eut une conséquence  terriblement lourde pour les autres animaux bien-sûr, mais aussi pour lui. Car il se servit, et se sert de plus en plus, de cette différence, d’essence, selon son imaginaire, décisive à ses yeux puisque, avec les « animaux », il ne se donne pas les mêmes limites éthiques (voire n’en voit aucune de nécessaire) qu’il s’impose entre hommes. S’il  les juge indispensable  envers les autres humains, ce n’est pas tant par humanité que par son intérêt à vivre dans un monde sans danger.

De cette différence, il en profita  pour créer une zone de non-droit où tout est possible. C’est ainsi qu’il a laissé ouverte la Boite de Pandore de ce que son développement individuel mais aussi d’espèce aurait dû verrouiller, de ses pulsions infantiles dites par Dolto non castrées. Ces pulsions d’une étape archaïque sont destructrices.  Ce sont celles de la perversion polymorphe de la petite enfance. Les pulsions continuent à exister mais elles  furent « castrées » afin de les rendre non offensives. C’est un effet de l’intériorisation des interdits, de leur assimilation,  qui arrive à la création plus ou moins réussie de ce qu’on appelle le sens moral. Ainsi l’enfant digère les choix parentaux, et pour en être digne, devient celui qui sait discriminer le bien du mal.  Il a appris que ce qui est interdit et mal ne devrait jamais avoir à se réaliser.

Or la zone de non-droit fabriquée pour son rapport aux animaux est un lieu où les pulsions non castrées sont convoquées, et il apprend dans le même temps qu’on peut tenter d’ y jouir jusqu’à épuiser son désir, puisque entre soi, c’est interdit.

Mais bien entendu, c’est impossible même s’il se l’autorise, et c’est tant mieux pour lui, car la mort du désir, c’est la mort.  En effet, et Lacan le montre dans le graphe de la pulsion, ce qui est désiré c’est l’objet qui cause le désir, l’objet perdu par la castration symbolique, , dit objet petit a. mais on sait bien que « cet obscur objet du désir »(Kundera), inconnu en tant que tel par notre moi conscient, est par excellence l’objet inaccessible. Et comme le désir humain est paradoxale, ce n’est pas tant sa perte qui nous angoisse que sa proximité.(« L’angoisse n’est pas sans objet ».Lacan)

C’est pour cela que si d’un côté, il veut être comblé, de l’autre, Il fuit ce qui le comblerait selon lui. « Le  névrosé a peur qu’on se serve sur sa castration », nous dit Lacan.

 

Il a donc inventé ce concept, l’animal, en l’opposant à celui de l’homme. Ce qui est tout de même abusif puisque l’homme est un animal et on ne peut définir un élément d’un ensemble en s’appuyant sur le fait qu’il n’en serait pas. Ce n’est pas parce qu’on fait   comme si il n’en était pas, que le réel de son appartenance à cet ensemble essentiel ne le rattrape pas. Chaque être d’un ensemble  a ses spécificités qui ne le rendent pourtant pas étranger à la totalité de l’ensemble en question. En toute rigueur, dire que chaque animal est différent d’un autre, son espèce, sa race, son individualité personnelle, tout ce qui en fait un être particulier qui a ses « propres » par rapport à tout autre individu, ne peut fonder à le séparer  de l’ensemble dont il est au départ un des membres, l’animalité.

Même si « Je me pose en m’opposant », selon la formule de Sartre, une différence n’est pas le tout et je suis semblable à l’autre en quelque chose. C’est une pensée parcellaire, métonymique, qui prend une partie pour le tout que de dire qu’un trait, un propre, vous rend absolument sans rapport avec un autre.
Par exemple chez les hommes,  le mâle est différent de la femelle en au moins une chose, mais cette « petite » différence ne fait pas que l’homme et la femme soient de 2 espèces différentes…même si parfois  on le croirait, si je peux me permettre un peu de légèreté ici.

L’homme, en s’opposant à l’animalité dont il est, a donc inventé de toute pièce un être fait de bric et de broc, l’animal, voire la « bête »(nom également d’une autre de ses créations, le Diable) qui n’a de raison d’être que  celle de créer un autre être imaginaire, dit le « genre humain », qui s’en distingue « absolument ». Nous verrons plus loin ce qu’est à ses yeux l’animalité. Ce qui est amusant et lui est fort utile, c’est que, justement, il attribue à l’animalité ce qui lui est peut-être le plus propre, à l’ homme, ses pulsions, la porte ouverte au mal. Ce serait donc une méchante ironie du sort si on découvrait un jour que le propre de l’homme, c’est le sale. On dit bien : « C'est du propre ! » Disons que si les pulsions sont vraiment comme le pense Lacan ce qui remplace les instincts chez les autres animaux, on ne pourra dire que ça. Mais me direz-vous, il y a des choses plus honorables, plus belles, qui peuvent faire office de propre de l’homme présentable. Comme…l’art, par exemple.
L’art, parlons-en. Mais sans  le sale, point d’art. En effet l’art est sublimation des pulsions en question. Et « le beau est le dernier rempart contre l’horreur » Lacan.

Je ne vais pas faire l’inventaire ici des propres de l’homme et des mille façons de montrer qu’il n’y en ait point qui semble tenir la route.  Tout n’est peut-être que différence quantitative et pas qualitative. C’est un jeu auquel on peut se livrer propre par propre et certains s’y sont   déjà essayé avec bonheur, Mais comme je considère que c’est un TOC, jen’en veux pour preuve que le fait qu’universellement  l’homme ne cesse à toute occasion de se comparer aux animaux pour s’en distinguer il me semble plus utile de montrer où se situe son désir par rapport à ça, pourquoi un tel symptôme, ce qui, on le sait avec Freud qui en parle dans le petit Hans, n’est en fait pas simple à décrypter. Il est donc utile de voir ce que ce symptôme dit, car il parle. Ainsi Hans avait peur des chevaux et en fait cela signifiait plusieurs choses dont la peur de son père nous dit Freud  mais aussi bien celle de la castration de sa mère, refus de la séparation d’une part et peur de tomber dans le gouffre de la psychose si les enfant et mère fusionnent, selon mes observations.
Avec Lévi-strauss et d’autres de la même veine, on a compris que l’un des composants de ce symptôme, c‘est la volonté de tracer une « frontière » entre eux et nous afin de se donner tous les droits avec eux. Je rajouterais ici que l’homme a la haine de son désir qu’il sait monstrueux, et qu’il préfère attribuer à la bête en lui, à l’animal ce désir  qu’il porte donc ce qu’il est et lui déplait. C’est l’éternel conflit entre le moi, le ça et le surmoi. Ainsi, il a voulu, afin de calmer son 2° surmoi qui lui interdit de se soumettre aux injonctions du 1°, la tyrannie du ça, donc des pulsions à l’état brut, le nom du père, prendre pour synonyme de barbarie,  la bestialité. «  Le barbare, c‘est pas moi, c’est l’autre », ce qui est conforme au  départ  de ce signifiant, chez les gréco-romains. Il signifiait l’autre, l’étrange étranger.

  Donc l’homme sait qu’il n’a peut-être pas à continuer de s’enorgueillir de ses prouesses, dont certaines sont d’une cruauté terrifiante, mais il choisit le négationnisme : il ne fait jamais rien de mal et si on lui met le nez dans une de ses turpitudes  de manière incontournable, dans le meilleur des cas, il reconnaîtra que c’est horrible mais cherchera par tous moyens à ne pas en supporter le poids.

Alors, il (et on) dira souvent que c’est la bête en lui qui l’a fait…Il n’y est pour rien, c’était plus fort que lui. Dans le pire des cas, il niera jusqu’à la faute, comme les néonazis négationnistes,  et c’est à cette esquive auto-hypnotique que nous avons le plus souvent affaire avec la barbarie envers les animaux, « l’homme ne fait rien de mal, puisque c’est pour son bien » (rappel : son bien c‘est LE bien).  Et  au milieu, entre les 2, il dira avoir obéi aux ordres, comme le fit habilement Eichmann à son procès, reconnaissant qu’il y a eu faute, mais pas de sa faute, lui qui pourtant était au sommet de la hiérarchie de la solution finale.  Mais quelque part ce mensonge dit la vérité, celle de la reconnaissance de l’obéissance au surmoi pousse-au-jouir, le barbare en tout homme. Et si Hitler en est une très emblématique figure, il en est d’autres, bien plus contemporaine et qui concernent tout le monde, ce que la philosophe Hannah Arendt a appelé la banalité du mal.

Ce qui est banal est invisible.

Il nous met en pilotage automatique.
On  n’a pas besoin de penser. Or, danger car, nous dit H.Arrendt, « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »
Le mal peut donc être une habitude comme manger et boire…

Et d’ailleurs, chez l’humain, que d’horreurs se cachent sous le simple fait de manger ! N’oubliez pas, vous qui allez m’objecter que les animaux aussi font souffrir pour se nourrir, n’oubliez pas que l’homme est le seul prédateur à pourrir la vie de ses proies d’avant la conception à la mort. Et c’est aussi un des seuls prédateurs à pouvoir vivre sans produits animaux. Et sans doute pourrions nous constater plus souvent les dégâts d’une alimentation carnée, lactée et avec des œufs par rapport à une diététique végétalienne, si nous n’étions sous l’influence d’un discours issu de l’idéologie médicale qui est majoritairement et idéologiquement convaincu du contraire, ainsi que celle largement répandue qui valorise la consommation de viande en en faisant un critère de   richesses et donc de chance. Or on ne peut pas dire que les riches sont en meilleure santé que les pauvres car ils mangent de la viande. De plus, avec la généralisation des viandes pas chères issues d’élevages soit dit en passant, immondes, les pauvres aussi mangent de la viande et sans doute plus que les riches. Or, on trouve la viande et autres produits animaux au 1° rang des accusés lors de divers problèmes graves de santé. Cela devrait modifier les habitudes des conseillers en diététique. Mais ça commence à peine.

 

 

Il en déduit par un tour de passe-passe métaphysiquement assis sur une idée mystique de supériorité en terme de valeur, que son bien, c’est « le » Bien.

Le bien de l’être dit humain, nom déjà plus connoté métaphysiquement que celui de l’espèce animale Homo Sapiens, est à entendre comme ce qui lui fait du bien,  ce qui lui rapporte, quelque soit la plus ou moins grande futilité de cet apport. Comme c’est cela qui lui donne le la du bien, c’est ce bien arbitrairement défini sur le fait qu’il en tire avantage qui est le nord dans la boussole morale qu’il s’est fait sur mesure. On  est là dans la logique d’une structure particulière, qui connaît le réel de la castration, mais fait comme si il n’en savait rien. Cette structure qui affectionne le déni, c’est ce que la psychanalyse appelle la perversion.

 Le tyran, en politique, en est le prototype. Il ne prend pas comme loi celle héritée qui impose à tout sujet de ne pas mordre sur la liberté de l’autre, celle, comme nous le verrons, est définie par sa concordance avec  l’interdit de l’inceste qui la formate, mais fait ses lois qu’il impose aux autres. Ces lois sont celles qui  l’arrangent et sont au service, non du respect de l’autre comme elles le devraient, mais de ses intérêts personnels, car leurs buts est sa propre jouissance. Ce qui, du point de vue clinique, est un fonctionnement propre à la perversion. Le pervers imposera la loi qui garantit ce qui lui fait du bien, ce qui le fait jouir, et c’est ça qui doit devenir « le » Bien absolu. Or, ce qui fait jouir l’humain, c’est ce qui est au service d’un tyran encore plus grand que lui, notre tyran intérieur, le 1° surmoi, lui-même au service d’un autre, encore plus puissante si on lui cède, la pulsion de mort. C’est certainement pour cela que Lacan a dû stigmatiser comme une faute morale la dépression.

 

Dans cette logique, l’homme s‘est exclu de l’ensemble animalité dont il est afin de créer une zone de non-droit où l’alter ego à qui il doit rendre des comptes, éventuellement selon le régime politique du pays, se définisse de ne pas être  ce qu’il appelle un animal. Et ça marche. C’est même là-dessus que nous avons bâti notre humanité moderne  depuis… voyons, depuis quand ? C’est difficile à dire, mais ce qui est certain, avec la révolution de la naissance de l’agriculture, depuis au moins le néolithique. Là se lit la force du langage chez l’homme qui croit faire du réel avec des mots, du symbolique, donc. Sous l’influence du signifiant, nous sommes capables de nous auto-hypnotiser et d’halluciner un autre réel auquel nous croyons tout autant qu’un psychotique ne met pas en doute que ses voix viennent d’un Autre.

C’est donc sur ce réel fabriqué au service non du bien, mais de la pulsion de mort, que nous avons créé notre espèce. Alors, devrait-on s’étonner que l’humanisme qui en est l’idéologie totalitaire nous ait mener là où nous sommes ? Ceux qui furent considérés comme des Cassandres, les écologistes, sont à présent perçus comme désespérément clairvoyants et nul ne semble à présent sceptique quant à l’action funeste de notre espèce sur ces agencements peaufinés par essais et erreurs au cours de  3 ou 4 milliards d’années, agencements qui rendent dans la nature toute vie possible.   Plus on lui cède, plus le surmoi pousse-au-jouir se renforce,   selon les observations et  Lacan, en parlant de ce qu'il décrit comme le « surmoi à la figure obscène et féroce », celui que j’appelle le 1° surmoi pour l’opposer à l’autre qui pousse-à-l’ascétisme et donc au désir, pulsion de vie.   Ce n’est pas pour rien que ces possibilités de vie détruites, de nombreuses espèces souffrent, agonisent puis meurent. Prouesse technique : faire disparaître à jamais des êtres supposés inférieurs au nom de l’intérêt supérieur de l’humanité. Le genre humain est en effet très fort en destructivité car  Sapiens rivalise avec la nature à qui il faut   tant de temps pour créer, en la détruisant en quelques milliers d’années.  Et pourtant, pour éviter cela, il lui aurait suffi de réfléchir à partir de ce qui est, le réel, en évitant de s’auto-consacrer maître du monde, parce qu’il le vaudrait bien à ses yeux. Ici se lisent les dégâts du narcissisme. Le commandant du Titanic, aussi, était sûr de lui.

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Ceci étant « pratique » pour transgresser impunément la loi qui interdit l’inceste en réglant dans le même temps le problème du terrifiant danger que représente chez les hommes  le pouvoir destructeur des pulsions partielles. En effet, les pulsions sont sous la domination de la pulsion de mort, nous dit Lacan. Or elles demandent à être satisfaites sans cesse. La  pulsion est, nous dit Freud, un robinet ouvert en permanence. Une demande constante d’être comblé, donc de trouver un état de non-désir, un état de calme, d’apaisement que l’on ne peut trouver que dans la mort, titille l’homme. Cette  demande est marque du désir. Ce manque est nécessaire pour que le sujet bouge et vive. Mais en même temps, ; le manque est douloureux, le désir peut se manifester par un cri du genre de celui du Vice-consul de Marguerite Duras, cri d’amour pur, mais aussi cri non encore articulé comme celui  du bébé qui demande à sa mère de n’aimer que lui. C’st en cela que pulsion et amour exclusif sont liés. Mais doit-on parler de désir chez le bébé pas encore formaté en tant que sujet par la Loi de l’oedipe ou bien plutôt de l’état d’exigence pulsionnel que l’on retrouvera plus tard chez le pervers pour qui l’Autre et lui doivent former,  de grée ou de force,  et plus souvent de force, une entité comblante qui dénie la castration de la mère en s’offrant comme objet parfait de jouissance. A ceux qui m’objecteraient que le sadique offre de la souffrance, je dirais que c’est pareil. La souffrance est aussi bien une figure de la jouissance. Pour le sadique, l’Autre a besoin de ce qu’il lui impose, et même plus, de sa voix, nous dit Lacan. En effet, c’est par sa voix qui ordonne que le sadique met son emprise sur l’Autre qui n’a pas à se poser la question de ce qu’il veut, lui, parce qu’il est alors sous influence, complété par « la voix de son maître ». La pulsion invoquante, la voix comme objet perdu, la voix maternelle qui comble, qui calme en endormant, qui dicte, est d’ailleurs ce qui se satisfait dans le sadisme, et bien-sûr dans le masochisme, son autre face. Pensons ici à la sirène, femme mythique complète—avec sa queue—femme fatale dont la voix est irrésistible mais ô combien dangereuse, ce qui marque bien que c’est une transgression de la suivre en s’en laissant comblé. Et dit aussi bien que satisfaire sa pulsion (de manière) non castrée, c’est signer la mort du désir, donc du sujet en tant que sujet barré par la castration, donc en manque. L’humain ne peut exister que manquant. C’est sa substance vitale, ce vide. Sinon, il régresse en transgressant au stade mythique du paradis perdu d’avant la loi qui interdit l’inceste, lorsque le bébé était le phallus de la mère, objet la complétant, la comblant.

Ce qui se lit dans la formule de Lacan, le mathème de la pulsion :

$<>D. Le sujet est en fading (le S, c’est le sujet, et il est barré)  dans sa demande à l’Autre, qui est aussi désir du désir de l’Autre.  

 

 

 

 

Or la société des hommes lui interdit, pour y être admis, de le faire tel que, sans la métamorphose civilisatrice de la sublimation, avec d’autres hommes. Le robinet du mal est à la source de notre humanité et c’est par le renoncement imposé par la loi qui clôt l’oedipe que l’homme abandonne le but destructeur de la pulsion, la « castre » selon le mot de Dolto. C’est donc à des pulsions castrées (quant au but mortifère) que l’oedipe conduit. Pour donner un exemple, le : « je t’aime, tu es à croquer » se dira mais ne se fera pas. Et le « Sers moi fort » amoureux n’ira pas jusqu’à l’étouffement.

Mais l’homme gardera la nostalgie de ce qu’il a en réalité construit , le mythe du paradis d’avant. On y voit couramment un souvenir de la vie intra-utérine mais tout autant ce que certains auteurs voient comme un état fusionnel du bébé avec sa mère.
On sait cependant que la douceur en question n’a jamais été si idéale que l’on s’imagine, les pleurs des bébés en témoignent.

Mais la réalité psychique a beau avoir des éléments imaginaires, ces éléments-là sont réellement là et les pulsions dans leur exigence de satisfaction utilisent ce mythe pour nous donner envie d’aller au plus loin dans la jouissance, là où il n’y a pas de reste à combler qui nous fasse dire : « Encore. »

 

Prêts à tout pour y arriver, nous utilisons ce que le civilisation nous octroie pour tenter de la le faire mais la marge d’insatisfaction est toujours là et insiste ?. Simplement, à force de résister, à force de cette ascèse nécessaire, lé sir se manifestera sur d’autres choses.
Et au lieu de tenter de se combler avec les objets partiels à l’état brut, on arrive à satisfaire comme on peut avec des objets de substitution. Peindre ou admirer une toile, ainsi, remplacera avantageusement la manipulation de choses aussi peu valorisées dans notre société que l’objet fécal. L’homme trouve toujours quoi faire pour   arriver à donner une issue à ses pulsions de manière éthiquement recevable.
Et comme ce qui résiste au 1°surmoi, le pousse au jouir barbare d’avant la Loi et la castration, se renforce avec le temps, cela ne demande pas d’effort, au contraire, puisque ça procure du plaisir. Mais y céder, c’est le renforcer, lui, comme cela se voit bien dans les addictions et avoir goûté une fois à certaines drogues vous lie à elle à jamais: amour d’un jour, amour toujours.
La boite de Pandore des pulsions brutes de décoffrage, non castrées, est alors fermée, et nous sommes de vrais gens bien civilisés. Mais il y a un mais. Freud nous informe que les stades se suivent et s’empilent. Ils ne disparaissent pas au fur et à mesure. Ça pose un certain nombre de problèmes. On pourrait tout de même se ôser la question du pourquoi il en est ainsi.
Parce que c’est aijnis répondent en général les anlystes.Soit.
On est donc fondamentalement un système instable. Le solide sublimé en gaz peut se reytrouver solide.

C’est grave car cela signifie qu’aucun progrès moral n’est acquis à jamais.
Nous pouvons à tout moment retrouver par régression le pervers polymorphe de la petite enfance.
En d’autres termes, le barbare n’est jamais loin.
C’est donc par un choix personnel de ne  pas tomber là dedans que l’ascèse est nécessaire, en particulier à ceux qui naviguent le plus facilement du « paradis de la sublimation à l’enfer des pulsions «  (expression de Julia Kristeva) archaïques et non castrées au que je dirais adulte par opposition, car elle est la baase de l’âge mûr de l’humanité, même si celle-ci, au sens moral du terme, apparaît plus tôt dès après la Loi d’interdiction de faire à la mère pour y satisfaire son envie d’emprise absolue et exclusive sur elle.  Du fait de ce choix, l’homme est responsable dece qu’il fait. Mais, en plus, sa liberté de choix en fait un coupable s’il cède à la déchéance de l’assujettissement au 1° surmoi.

Céder à ce surmoi, c’est comme se piquer avec certaines drogues, une abdication à jamais, ou presque, car s’en évader, « se reprendre » demande un effort réellement important.

 On sait de plus ne jamais pouvoir s’en sortir sans le risque d’y « retomber », terme usuellement dévolu à toute désintoxication, ce qui montre qu’on sait qu’il s’agit de chute du sujet qui se constitue dans l’addiction en objet. Accepter de régresser sans le parachute de la sublimation comme le font les artistes, et on sait que Picasso voulait retrouver la façon de peindre d’un enfant—c’est faire le choix aliénant du pire sur le père.  La Loi du père qui interdit de jouir de la mère et de s’en faire le phallus, nous éloigne de cette emprise, elle crée le 2° surmoi, garant du sujet désirant.
« Il ne faut pas céder sur son désir », nous dit Lacan. Car céder « sur » son désir, c’est céder aussi bien « à » son désir : c’est jouir de ce qui est interdit, de l’inceste. La métaphore paternelle que dit non pas le père comme certains le croient en faisant en ce nom quelques dégâts, mais la mère, c’est la création de l’enfant sujet désirant, une seconde naissance. La mère se castre de l’enfant-phallus, accepte le sacrifice de le voir devenir grand, de le vouloir s’éloigner d’elle, comme une mère oiseau qui finit par devoir refuser le nid et la nourriture à son enfant pour qu’il vive sa vie (y a-t-il plus belle preuve d’amour oblatif puisque ça lui permet de « voler de ses propres ailes »?).

Elle permet ainsi ce qui aura lieu à l’adolescence dans un conflit interne pour le jeune qui voudra/voudra pas  désirer ailleurs, accomplir ce qui a été rendu possible lorsqu’il a traversé le temps oedipien, cette seconde naissance en la réactualisant. On se doute bien que ce moment est également générateur de réactualisation pour les parents. Et la prise de la Batille des jeunes en révolte est un temps de libération ambivalent, valse hésitation des protagonistes se demandant si le temps de l’autonomie est ou n’est pas venu pour celui qui revedique à présent de voler de ses « propres elles ».

 

 

 

. ce qu’elle acceptera plus ou moins bien selon son propre cheminement d’enfant et son rapport à la castration hérité  le plus souvent de celui de sa mère à sa propre mère   Mais elle sait bien que cette mise à distance de ce qui est désiré inconsciemment, jouir du  pire, est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant.

 La mère jouit ailleurs que de toi, petit homme. Elle jouit d’un tiers, un homme, ton père, mais aussi bien d’autre chose, son travail, son art, et tout ce qui fait que tu as du  père  pour combattre le pire, la tentation de ta chute.   Il  ne faut pas mal le prendre, puisque c’est ce qu’il y a de mieux pour toi et pour la …civilisation.

Il faut tout de  même que l’enfant fasse cette passe où il se sent trahi, cette traversée du désêtre, pour qu’il tue le rival-père, se métamorphose en lui par identification (puisque l’infidèle l’aime, il espère devenir ainsi expert en séduction de sa mère en devenant le portrait de son papa !) A l’inverse, c’est en lâchant le père que le sujet choisit de retourner au stade barbare où il...expire en s’enlisant dans la boue deses pulsions partielles non castrées. Il redevient l’objet phallique de complétude de la mère. ET ce n’est pas pour rien que les nazis avaient un salut évoquant l’erection sur commande.

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