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Psychanalyse et animaux.

L'homme barbare ou le refus de l'âge adulte.

28 Novembre 2005, 23:00pm

Publié par Josette Benchetrit

 

 

 

 

 

   "Est-ce que tu crois qu'on sera  civilisés?"

"Bof! moi j'en ai pas envie! comme ça, on pourra s'en mettre plein les pognes, on va prendre notre pied, et les autres, on va en profiter, tu verras!"

 

Kathleen Heide. " Si un proche remarque qu'un môme adopte une attitude agressive vis-à-vis des animaux, il est important que cet enfant fasse l'objet d'une prise en charge psychologique. Je suis convaincue que cela permettra d'éviter, plus tard, que les choses tournent plus mal encore."

Pr Kathleen Heide, spécialiste en criminologie à l'Université de Floride (Etats-Unis), qui vient de publier une thèse sur le sujet. Après avoir interrogé une centaine de détenus, incarcérés dans des prisons de haute sécurité, elle a observé que parmi les criminels les plus dangereux, les plus craints, on retrouvait ceux qui, lorsqu'ils étaient mômes, avaient férocement torturé des animaux de compagnie ou de ferme. On ne parle pas ici d'actes bénins, mais d'individus qui, lorsqu'ils étaient gosses, ont piétiné à mort un chaton, brûlé vif un chien ou entretenu des relations sexuelles avec de malheureuses bêtes.

"Nous avons remarqué que, dans certains cas, la nature de l'acte commis durant l'enfance était identique au crime pour lequel l'intéressé a été condamné à l'âge adulte. En tout état de cause, ces individus n'expriment aucun remord, que leur victime soit un animal ou un être humain "

 

 

Se civiliser ?

 

 

 

 

 

 

Il faudrait  réhabiliter le sentiment de culpabilité, si on veut tenter de faire évoluer les hommes ! Mais la Morale a souffert dans sa réputation du fait qu’on la confonde avec la moralisation etouffante, anti-Morale, inhérente aux us, coutumes et traditions souvent étriquées de chaque société.

 

Il serait temps de considérer la Morale comme autre chose que le contrôle par les communautés de ce qui relève de l’intime, qui est exactement son contraire.

 

Vivre libre et en sécurité, en tenant compte que la liberté de chacun ne peut être qu’à une seule condition : que la liberté de tous soit respectée est le but de la Morale.

 

Dès qu’une liberté lèse (j'ai pas dit gêne, car la liberté de chacun est gênée par le moins-de-jouir qu'on s'impose pour la faire exister) un autre, et cet autre n’a pas besoin d’être de la même famille, ou de la même religion, ou de la même rue, ou de la même espèce etc., et bien, la liberté n’est plus ni pour l’un, ni pour l’autre.

 

C’est ainsi que, malgré les apparences, il n’y a pas de liberté hors la Loi. Je n’ai pas dit hors la loi avec un petit l. quand je parle de Loi, je fais référence à celle qui, dans le développement de l’humain interdit la jouissance des pulsions partielles telles qu’elles sont avant elle et donc avant la castration symbolique.

 

La loi l. ne suit pas toujours la Loi L. Tout le problème est de mettre la première en conformité avec la seconde.

 

De nombreuses luttes s'en suivent pour demander cette adéquation aux personnes qui font les lois. comme le féminisme, ou la revendication pour vivre sa sexualité entre adultes responsables sans que la morale y trouve à redire si on est homosexuels ou pas mariés ou toute autre restriction que se donnent les microsociétés humaines. Il en est de même dans  le combat pour le libre choix du moment de sa mort quand on est cloué dans un état d’impuissance comme le fut Vincent Imbert, mais aussi la lutte pour le respect des Droits des (autres) animaux, tout cela et bien d’autres combats consistent à exiger que la loi rejoigne la Loi.

 

La Morale qui est prônée par ces mouvements réside dans l’adéquation des lois et des actes avec cette Loi, dont la transgression peut induire de la souffrance. La Morale est le discours explicatif de cette concordance des lois avec la Loi. Elle consiste aussi à mettre en évidence à ceux pour qui l’immoralité est la norme--et ne croyez pas qu’ils soient rares--que leur choix lésant d’autres, il n’y a pour eux qu’illusion de liberté et asservissement à la jouissance régressive d’avant la Loi.  

 

Avec les (autres) animaux, les hommes dans leur ensemble sont d’ailleurs dans cette immoralité de fait qui a entraîné le droit à l’inclure dans les lois.

 

C’est ainsi que leur  écriture édifiante permet de conclure que notre civilisation (comme les autres) s’est construite avec pour norme la barbarie, c'est-à-dire l’hors-Loi aux commandes.

 

Je vous invite à vous plonger dans les codes, en particulier rural et civil, car le pénal réserve aux (autres) animaux un place exceptionnelle : il leur reconnaît ce que leur refuse les autres, malgré l’évidence : à savoir une…sensibilité et un droit à ne pas être maltraité.

 

Mais ne rêvez pas…le nombre de dérogations à l’interdit de la cruauté envers eux est suffisant pour que cette loi du code pénal ne soit en rien suivie du moindre effet consistant sur ce qui libèrerait ces asservis chroniques. 

 

Sinon, si cette loi était appliquée, il est évident qu'il n'y aurait plus rien de possible dans ce qu'on leur faire subir, de la recherche à l'élevage en passant dans le desordre par tout ce qui existe avec eux, c'est à dire contre eux et contre leur volonté. On est avec eux dans le domaine de la "violentée", plutôt!.

 

Il fait dire que  la première  violence est ce qui soustend nos civilisations: de les empêcher de vivre librement.

 

Or, quand on dit « Ma liberté s’arrête avec celle de l’autre », on pourrait tout autant dire qu’elle commence à ce moment de respect de celle de l'autre vivant sensible et donc conscient et qu'elle ne peut exister qu’à cette condition.

 

Ça fait un peu moralisateur, je sais, et suranné, ben oui, mais c’est comme ça que ça fonctionne. C’est structural et s’éclaire du fait qu’avant la Loi, c’est la soumission au surmoi qui dit « Jouis » qui règne sur le petit d’homme. Or ce surmoi rajoute: sans entrâve ni scrupules.

 

C’est ainsi que la majorité des hommes se sont coupé les ailes en coupant celles des autres vivants sensibles. Et, de s’être installés à un stade régressif de son développement, par ce fait, l’humanité ne peut qu’en déplorer les effets : nul progrès moral ne semble possible de manière irréversible.

 

Je ne vous prends pas à rebrousse-poil par désir d’une méchante chicane, mais parce que je ne suis pas sûre que cacher un cadavre pour protéger son meurtrier, sous prétexte que c’est un ami, soit un si bon service à lui rendre. Amitié ne signifie pas automatiquement complicité!                               

 

          En fait, permettre à l’Autre de s’améliorer du point de vue éthique est la meilleure façon de le préserver de certains effets dévastateurs de la pulsion de mort.

 

 

C’est donc une façon de rendre service  à l’humanité en tant que victime de l’appel irrésistible d’un choix de jouissance   médiocre et dangereux pour tous les vivants, et par sympathie pour l’idée que le qualificatif « humain » contient de manière pour l’instant complètement paradoxale en termes de vertu, que je tiens pour ma part la réflexion proposée ici pour indispensable.

 

Lacan disait de la masturbation que c’était « la jouissance de l’idiot » ! Inutile d’en débattre ici, même si ça le mériterait, bien-sûr. Mais notons que le manque de limites éthiques ne peut que confiner le sujet humain dans une situation pulsionnelle pour le moins immature puisque elle tient de l’ autoérotisme du nourrisson et de la perversion polymorphe du jeune enfant.

 

 

Rappelons que la fonction de la civilisation est de lutter contre la barbarie, qui est l’expression de cette jouissance primitive, afin de permettre aux hommes de vivre ensemble en sécurité.   

 

Or c’est malheureusement sous le signe de cette jouissance-là, qui se définit d’être non balisée par la Loi (qui marque la fin de l’Œdipe), que l’homme a décidé d’asseoir ses civilisations.

 

Ce qui fait qu’elles ne sont pas efficaces pour se prémunir de leur adversaire, qui peut se résumer par ce mot : la cruauté des hommes.

 

Même si ça ne fait pas plaisir, affronter ce réel-là, ne plus faire comme si on ignorait ce qui se passe dès que ce n’est pas flatteur pour les hommes, c’est la seule voie pour éclairer ce que dit Freud, qui ne serait énigmatique que si on n’en avait pas la preuve quotidienne : « La civilisation n’est qu’un vernis qui craquelle facilement pour laisser apparaître la barbarie ».

 

Comme je crois que les hommes sont intoxiqués à leur propre saloperie, je ne peux imaginer que le dire va les changer!

 

Simplement qu'ils sachent qu'on peut être autrement qu'un  père Ubu va peut-être les amuser.

 

J'aurais donc fait oeuvre utile!

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