| La candidate des Verts répond à nos questions Dans le cadre des prochaines élections présidentielles françaises de 2007, Ornithomedia.com a décidé d'envoyer aux différents candidats une série de questions concernant leur position sur la protection des oiseaux et de leurs habitats. Après Philippe de Villiers et Corinne Lepage, Dominique Voynet, candidate des Verts à l'élection présidentielle (voir le site http://lesverts.fr et celui de la campagne2007 : www.voynet2007.fr) et sénatrice de Seine-Saint-Denis répond à nos questions. Abstract | Publicité |  | Ornithomedia.com has decided to send to the different candidates for the 2007 French Presidential elections several questions to know their positions about the protection of birds and their habitats. After Philippe de Villiers (read the article) and Corinne Lepage (read the article), Dominique Voynet, candidate of the green party Les Verts answers our questions. L'interview 1- En France, la chasse est un sujet délicat. Etes-vous favorable au respect des dates européennes fixées ? Evidemment! Depuis 1979, la directive chasse en France n'a jamais été respectée. La mise en conformité des dates de chasse avec la directive sur la protection des oiseaux a été l'une de mes priorités à mon arrivée au ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement. Des progrès notables ont été accomplis, mais aujourd'hui, on constate que Nelly Ollin, la ministre actuelle du développement durable et de l'écologie continue de publier des décrets prolongeant illégalement les dates de chasse. Je pense à titre d'exemple au rallongement de 15 jours l'an passé (ndlr : 2006) de l'autorisation de chasser la grive... 2- Que pensez-vous des chasses "traditionnelles" (chasse à l'ortolan, à la tenderie, à la glue, de nuit, ...) : souhaitez-vous leur suppression, même quand elles peuvent menacer certaines espèces ? Le Bruant ortolan est désormais une espèce protégée : Ce fut là une de mes actions au Ministère. Cependant, le problème persiste car force est de constater que la loi n'est pas respectée et que certains préfets montrent une complaisance ostensible pour ce qu'il est convenu d'appeler des "braconneurs". Si les Verts sont au prochain gouvernement, nous lutterons avec toute l'opiniâtreté nécessaire pour que soit respectée la réglementation sur les espèces protégées. Le gouvernement actuel a fait considérablement régresser la protection des espèces animales, notamment en dérogeant dans la "loi du développement des territoires ruraux", adoptée en 2005 à la réglementation sur les tenderies, la chasse de nuit et la chasse aux gluaux, et ce malgré le combat des parlementaires Verts, trop peu nombreux et à la mobilisation des associations de protection de l'environnement. J'espère qu'à l'issue des prochaines élections, nous aurons un groupe parlementaire Vert afin que nous puissions faire entendre la voix de ceux qui luttent quotidiennement pour la protection de la biodiversité. 3- La France est l'un des rares pays d'Europe où le plomb est encore utilisé pour la chasse, la directive européenne sur le sujet n'étant pas ou pratiquement pas appliquée : souhaitez-vous une interdiction rapide et effective de son utilisation ? A cause du lobbying tenace des associations de chasseurs auprès du gouvernement, la France a obtenu une dérogation pour n'appliquer la Directive qu'un an après la date d'entrée en vigueur de l'interdiction des cartouches au plomb. Aujourd'hui, la complaisance de tous fait que le plomb continue à être largement utilisé. Nos vasières deviennent ainsi de véritables décharges polluées au plomb. Il s'agira pour nous, de régler rapidement le problème en veillant à ce que les cartouches plomb ,ne soient plus disponibles sur le marché et que leur utilisation soit véritablement sanctionnée. Je propose de créer une police de la nature qui sera chargée de faire appliquer la règlementation. Elle travaillera en coordination avec les services de police judiciaire, de gendarmerie et de police sanitaire. 4- Seriez-vous favorable à la désignation de nouvelles espèces protégées (donc non "chassables "), la France étant l'un des pays d'Europe où le nombre d'oiseaux non protégés est le plus élevé ? Oui absolument. Lors du sommet de Göteborg (Suède), l'Union Européenne a pris l'engagement de stopper la perte de la biodiversité d'ici 2010. Alors que la plupart des Etats membres prennent des mesures énergiques, la France, elle, ne fait rien. La liste des espèces gibiers doit être régulièrement révisée, en fonction de l'état de conservation de chaque espèce. On doit notamment mettre en place chaque fois que nécéssaire des mesures restrictives (quotas, PMA). Pour ce qui est des "nuisibles", il faut moderniser et contrôler l'application de la réglementation : espèces concernées, agrément des piégeurs, retour des carnets de piégeage, activités commerciales.. 5- Au niveau européen, la France s'est engagée dans le programme Natura 2000 pour désigner et protéger la protection de zones naturelles d'intérêt communautaire : êtes-vous favorable à ce programme, et à une accélération de sa mise en application (la France a déjà pris du retard par rapport à ses voisins européens) ? Natura 2000 a été un combat difficile et finalement gagné par les écologistes européens. Pourtant, la transposition de la directive habitat a été longtemps bloquée par le gouvernement d'Alain Juppé. De 1997 à 2002, nous avons relancé la dynamique de choix des sites et mis en place les contrats territoriaux d'exploitation. Aujourd'hui, bien sûr, nous devons aller beaucoup plus loin. Je crois indispensable de doubler des surfaces des espaces protégés et ce d'ici 5 ans afin d'atteindre la moyenne européenne. Pour cela, il faudra mobiliser l'Etat, mais aussi les régions. 6- Souhaitez-vous la création de nouvelles zones protégées (réserves, parcs nationaux) en France métropolitaine et d'Outre-Mer ? En particulier, souhaitez-vous la création rapide de zones protégées sur de vastes portions de forêts tropicales en Guyane ? Naturellement. Une partie de la richesse de notre biodiversité provient de l'Outremer. Je souhaite que nous mettions en place des réseaux d'aires protégées sur les récifs coralliens. Nous devons aussi créer un ensemble de parcs nationaux sur les estuaires (Gironde, Loire, Seine, Camargue, mer du Nord-Somme, Canche, Authie...). Il est nécéssaire de créer également un statut de "réserve naturelle régionale", un statut de "parc national péri-urbain, pour entre autres les calanques de Marseille ou la forêt de Fontainebleau. Enfin, je veux créer des aires marines protégées en Méditerranée et en Atlantique. Pour ce qui est de la Guyane, il reste encore beucoup à faire, notamment sur la question de l'orpaillage et de l'utilisation "commerciale" qui va être faite du parc naturel guyannais. 7- Souhaitez-vous une modification profonde de la Politique Agricole Commune (PAC), avec par exemple la suppression de la prime européenne à l'irrigation, qui est la cause de l'assèchement de nombreuses prairies humides? Demander à une candidate Verte à l'élection présidentielle si elle est contre la PAC revient à demander à un écologiste si par hasard, il est écologiste! Nous nous battons depuis vingt-cinq ans pour revoir profondément la politique agricole commune! Cela fait des années que nous dénonçons un système qui a provoqué de très sérieux dégâts environnementaux et sociaux, un système qui contribue à maintenir les pays les moins avancés dans la pauvreté et la dépendance alimentaire. Depuis le début du Marché Commun Agricole, la paysannerie a quasiment disparu, mettant à mal la ruralité désertée. Le productivisme, qui constitue encore majoritairement la feuille de route du milieu agricole, ne respecte pas le principe de précaution pourtant inscrit dans la constitution. La diversité biologique en est fortement affaible, voire quasi-moribonde un peu partout. La monoculture du maïs est dramatique pour les milieux aquatiques, la sur-consommation d'eau pendant les périodes d'étiage ne servant qu'à alimenter les élevages hors-sol qui posent des problèmes insurmontables pour éliminer les lisiers. De plus, les statistiques sur la santé des consommateurs, mais surtout des utilisateurs des produits phytosanitaires montrent à l'évidence que de nombreuses maladies sont liées à l'exposition à ces molécules chimiques. 8- De nombreuses espèces autrefois communes (Alouette des champs, Outarde canepetière, Pies-grièches, ..) disparaissent des campagnes suite à des pratiques agricoles intensives ou défavorables : quelles mesures prendriez-vous pour endiguer ce déclin ? En tout premier lieu, il faut réformer la PAC pour une agriculture respectueuse de la nature. Ensuite, il faut créer de nouveaux outils de programme et de contrôle tels qu'une agence nationale du patrimoine naturel et de la diversité biologique. Il faut aussi actualiser les plans d'actions pour la faune et la flore.Je crois également qu'il est essentiel de renforcer les aides aux associations par le rétablissement de leurs subventions et la mise en place de contrats pluri-annuels. 9- Souhaitez-vous une application stricte du principe "pollueur-payeur", y compris pour une certaine agriculture responsable d'une grande partie de la pollution des eaux et des sols ? Bien entendu. Ce sera l'une des priorités du prochain quinquénat. Au ministère de l'aménagement du terrotoire et de l'environnement, j'ai souhaité instaurer une taxe "pollueur-payeur", appelée TGAP (taxe générale sur les activités polluantes. Au delà du principe de créer une nouvelle taxe, il va falloir que les parlementaires et les ministres résistent fortement au lobbying de l'industrie chimique, du syndicat agricole majoritaire... Je n'oublie pas que la dernière fois un certain Laurent Fabius, député de Haute-Normandie a tout fait pour torpiller la taxe sur les phosphates au motif qu'il y avait une usine de lessive sur sa circonscription! Cela doit changer, absolument. 10- Que pensez-vous de la loi littoral ? Devrait-elle être assouplie ou renforcée? La loi littoral a été sérieusement mise à mal dans les lois adoptées dernièrement par la majorité parlementaire. Par exemple, les lois montagne et littoral ne sont plus superposables, ce qui fragilise considérablement la situation des grands lacs de montagne comme le lac d'Annecy par exemple. Il y a également les cas (nombreux) où les plans locaux d'urbanisme ne respectent même pas la loi littoral. Il en est ainsi du PLU scandaleux de Bonifacio en Corse-du-Sud contre lequel les associations se battent pied à pied. Outre le fait de rétablir la loi littoral et de la faire respecter, je crois que l'enjeu des prochaines années sera d'élargir les compétences du Conservatoire du Littoral sur une bande d'au moins 300 mètres, pour anticiper la montée du niveau de la mer , liée au réchauffement climatique. Je propose également d'élargir les compétences de cet organisme à l'ensemble des milieux naturels aquatique et terrestre. 11- Que pensez-vous du retour du loup ? Etes-vous favorable à une élimination de certains individus à la demande des populations locales ? Et que pensez-vous du programme de réintroduction de l'ours dans les Pyrénées ? La présence de grands prédateurs sur notre territoire est pour moi tout à fait importante. Contrairement à ses détracteurs, je pense que la présence du loup, de l'ours et du lynx est loin d'être anecdotique. Ils sont utiles car ils sont en bout de chaîne alimentaire et jouent un grand rôle dans le contrôle des équilibres entre différentes espèces. Je me réjouis d'ailleurs de la création de l'association FERUS, fusion des associations loup france et ARTUS (protection de l'ours). Je soutiens naturellement les programmes de réintroduction de ces grands prédateurs. Je suis contre l'élimination de certains individus: Cela ne sert qu' à apaiser la colère des "anti", et n'obéit à aucune logique de conservation des espèces. 12- Que pensez-vous du fameux Protocole de Kyoto, que le gouvernement français a signé mais qu'il ne respecte pas (les émissions ont augmenté au lieu de diminuer), préférant concentrer ses efforts sur la dénonciation de la non-signature de plusieurs autres pays ? Kyoto, j'y étais en tant que négociatrice pour la France. Nous formulions à l'époque de grands espoirs sur cette négociation, conscients que ce n'était qu'un début, mais que cela allait aller en quelque sorte lancer la machine. En réalité, cette négociation a été très dure. Les uns pinaillant sur tel ou tel seuil, les autres refusant de remettre en question leur mode de développement... Alors, Kyoto, ça a été un grand moment et aussi une déception. Ce n'est qu'il y a deux ans que le protocole est entré en vigueur. Et aujourd'hui, on voit bien, avec le réchauffement climatique si rapide, que l'on doit passer à une politique de réduction de nos émissions de GES de beaucoup plus grande ampleur. Les Etats-Unis qui n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto, l'appliquent néanmoins dans certains états et certaines communes. Le Canada qui l'a ratifié a vu lui ses émisions de gaz à effet de serre augmenter de façon importante. Pour ce qui est de la France, il n'y a pas de quoi pavoiser en effet, mais nos émissions ce sont stabilisées. Ceci dit, je vous accorde que c'est bien insuffisant et que nos ressources technologiques doivent nous permettre de réduire massivement nos émissions. 13- Que pensez-vous de la politique actuelle de la France concernant la protection des espèces animales et de leurs habitats naturels ? Depuis 5 ans, le gouvernement ne fait rien. Pire, il n'a eu de cesse de remettre en cause le code de l'environnement et nos engagements internationnaux en matière de biodiversité. Ainsi, la nouvelle loi sur l'eau est un leurre qui ne permet pas de restaurer la qualité de l'eau. La chasse bénéficie de nombreuses dérogations scandaleuses (chasse avec véhicule motorisé, de nuit...), sans compter le non respect de la réglementation sur les nuisibles par exemple. Et l'on continue à construire ici un incinérateur, à agrandir là un port en détruisant des zones humides, sans compter les inombrables projets autoroutiers... 14- Les organismes de recherche en zoologie comme le Muséum d'Histoire Naturelle, le Conservatoire du Littoral, et d'autres instances publiques d'étude et de protection de la nature manquent cruellement de moyens par rapport aux établissements comparables de pays comparables : quelle serait votre politique dans ce domaine précis ? Je compte rétablir immédiatement les dotations de l'Etat aux établissements publics, ainsi que les subventions aux associations de protection de la nature. Il faudra également accroître le soutien à la recherche dans le domaine de la diversité biologique, en triplant les moyens financiers mis à disposition de la recherche publique particulièrement la taxonomie, les inventaires et la gestion des milieux naturels et des espèces.  | Dominique Voynet et Allain Bougrain-Dubourg observant les oiseaux au Lac du Der-Chantecocq (Marne) Source : Blog de Dominqiue Voynet | 15- Personnellement, vous êtes vous déjà intéressé ou avez-vous déjà observé les oiseaux dans la nature? Oh que oui! Ma dernière ballade ornitho, c'était le mois dernier avec Allain Bougrain-Dubourg au lac du Der pour observer les grues. Je suis fascinée par les grands échassiers, mais mon plus grand plaisir, c'est d'écouter le chant de la grive qui vient se poser sur mon cerisier.
Merci, Madame Dominique Voynet, d'avoir répondu à nos questions.
Liens Pour découvrir directement le programme des Verts, vous pouvez visiter le site web http://lesverts.fr. A visiter aussi le site de campagne de D. Voynet : www.voynet2007.fr. Dominique Voynet tient aussi un blog de campagne : http://blog.voynet2007.fr. A visiter aussi le site web de D. Voynet en tant que Sénatrice de Seine-Saint-Denis : http//dominiquevoynet.net. A lire L'interview de Philippe de Villiers, Président du Mouvement pour la France. L'interview de Corinne Lepage, Présidente de Cap 21. Réagissez à cet article sur notre forum conservation ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com. |