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Psychanalyse et animaux.

Corridas. Psychose et perversion. La perversion est le rapport banal aux animaux.

31 Juillet 2011, 03:59am

Publié par Jo Benchetrit

 http://www.sade-ecrivain.com/images/saderayr2.jpg

Portrait de Sade par Man Ray, de l'art, donc de la sublimation qui rend la pulsion la pire parfaitement inoffensive. Cet homme fait de pierres fait penser à une pierre tombale, celle qui manque à Sade qui  a interdit toute inscription sur sa tombe.

http://ecthoren.edres74.net/IMG/taureau_vs_matador.jpg

La saloperie dans les arènes : l'enfer des pulsions débridées contre de pauvres bêtes.

 

 

D'un côté de l'art, de l'autre une hallucination d'art perçue uniquement par les aficionados en tant que pervers. Les autres y voient une scène insupportable de torture...

Le pervers hallucine le réel, comme le fait un psychotique, ce qui pose la question de sa responsabilité.  Le fou est en effet réputé irresponsable . Pourquoi pas le pervers? C'est qu' il y a une différence  Au fond, le pervers sait qu'il "hallucine" le réel en le formatant à sa botte mais fait comme si il n'y avait pas d'autre réel que cette construction. En fait, c'est une hallucination qu'on peut dire presqu' imaginaire chez lui, plus une interpretation erronée du réel qu'une image inventée, alors que l'  hallucination psychotique, c'est, pour le fou qui la perçoit du réel indubitable...

La corrida, on le sait,  est un acte interdit car classé comme sevices graves en france...et autorisé par un alinea, le 7 de la loi 521-1 du code pénal. Zlle a été admise par un ministre de Sarkozi, l'aficionado, par une comisson dirigée par un aficionado...la pillule a du mal à passer. Mais   admettons que ce ne soit rien qu'une anodine reconnaissance que la chose est un fait de culture locale qui ne l' empechera pas d'etre interdite un jour. 

Qu'estce qu ça implique en realité?

Faut-il distinguer plusieurs morales parfois antagonistes mais tout aussi respectables au nom d’un principe égalitaire entre les cultures ? Dans ce cas, attendons- nous encore un progrès humain ou tout se vaut, tout est aussi respectable et nul n’a   à s’ériger comme modèle pour l’autre ?

Tout cela soulève d’autres questions tout aussi fondamentales : L’accès à la jouissance est il un droit ? Qu’est-ce que le devoir ? Un empêcheur de jouir en rond ou une ouverture vers la maturité de notre espèce ?

Le fait que nous ne sachions pas comment en finir  vraiment avec la barbarie qui menace notre espèce en   posant comme   prédateurs des hommes pour d’autres hommes, est ce quelque chose d’inéluctable ? Doit on dire que c’est la nature humaine et que nous ne pouvons  pas lutter ?

Statut de la culpabilité relative aux cultures. Devons nous penser que la morale est relative, locale ou bien universelle ?
Selon la psychanalyse, il n’ y a qu’une  morale, celle qui, effet de la loi qui interdit l’inceste saura formater un homme qui sera sujet de son désir…et non une chose qui sera objet jouissant au profit d’un surmoi tyrannique.

 

  

 

Bon, alors, là, laissant de côté ma colère et ma tristesse quand je vois l'innommable imposé aux pauvres bêtes...  je vous donne un petit aperçu de ce que la psychanalyse peut dire de  ce que nous sommes à la lumière du rapport entretenu structurellement aux (autres, mais déniés en tant que tels) animaux.
A tout humain dans son rapport aux bêtes comme à l’aficionado, dont il est le paradigme non reconnu comme tel, de même  que chacun se croit résistant et pas nazi, on peut conseiller utilement une réflexion sur ce qu'est la perversion. Et pour cela, il y a par exemple sur Wikipedia un article sur la perversion narcissique qui en est une des formes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Perversion_narcissique

 

 A présent, allons plus loin en comparant la structure perverse et ce qu'il faut bien appeler l'absence de structure psychotique. Elles ont en commun de substituer au Réel une version personnelle que chacun appellera réalité, en toute sincérité. Bien sûr que le névrosé n' echappe pas à ce que Lacan a représenté par i(a), c'est-à-dire au fait que le réel ne se perçoit pas en tant que tel, qu'il est « imaginarisé », reconstruit avec une touche de son fantasme. Chacun voit midi à sa porte et le réel à sa façon. On parle alors de réalité, ce qui vient à la place du réel. Cependant , on ne vit pas dans un monde solipsiste et on ne va pas jusqu’à douter que le réel existe bien.
De plus, on peut se mettre d'accord au moins sur certains points de ce qu'il est.
D’ailleurs, parfois, il nous atteint tel quel, par exemple quand on subit un choc. C’est pour cela sans doute qu'on a pensé aux électrochocs pour soigner la psychose et  que Disney   rend  la mémoire à Mickey amnésique en lui donnant un grand coup  sur la tête.

Ou encore, comme en Mai 68, le réel est perçu tel qu'il est, quand on analyse aisément les choses, sans s’encombrer des conventions et des préjugés donc du bain idéologique qui nous formate à notre insu pour percevoir de telle ou telle façon le réel.

C’est en cela qu'il est indispensable à qui veut savoir parler honnêtement, juste, donc le plus adéquatement à la réalité non entachée de trop d’imaginaire, de critiquer ce bain idéologique, de mettre en question nos évidences, et de ne jamais se laisser être la dupe d’un discours préétabli avant de l’avoir passé sous la lumière de la perplexité prudente, et de la pensée. C’est à mon sens ça aussi, l’éthique. On aurait pu l’appeler le doute cartésien si, justement, Descartes avait vraiment douté de tout dans le Discours de la Méthode, ce qu'il ne fit pas.

Le principe de réalité ne peut être toujours perdant face à celui de plaisir. Je rappelle que le principe du plaisir est dominé par la pulsion de mort. Il se répère àl’extrême dans la folie (psy-chose) où le sujet n'est pas autre chose que sa chose.

La perversion est proche de la folie, en se soumettant presque exclusivement à son principe de plaisir.   En déniant le réel , en le fabriquant à la  mesure de la jouissance que ça lui procure, le pervers ne perçoit que ce qui est au service de cette jouissance et pas du tout ce qui est en soi. Pourtant, le pervers n’est pas psychotique. Ça veut dire ceci : il n’hallucine pas vraiment, mais il fait comme si le réel reconstruit, sa réalité rêvée et plaquée sur l’étant, était l’unique version de ce qui est. Il f     ait comme si, mais en fait, il sait bien que c’est faux.
Le pervers, comme son nom peut l’indiquer, est assez tordu pour cela, alors que le psychotique ne manigance rien. Il subit son hallucination sans  être  en mesure de lutter, de douter, de critiquer sa perception erronée. C’est en cela qu'on ne parle pas de responsabilité pénale dans le cas de folie. Le pervers, quant à lui, est capable de cette mise à distance, mais s’y refuse par sa conviction certes délirante mais d’une certaine façon mimée par un jeu de cache-cache avec lui-même en tant que sujet lucide floué au final, car entièrement joui par l’Autre, conviction donc… que ce qu'il voit est comme il le voit. Il n’y a peut être que le père symbolique qui soit en mesure de lui rappeler son erreur de perception, en sanctionnant ses fautes. Mais ce révélation du réel est fugace et il est comme tout adict, très faible par rapport à son surmoi archaïque, celui qui lui dit : Jouis ». C’est en cela que certains  demandent à rester en prison, pour se protéger et aussi protéger  les autres de ce qu'ils savent  être mal, mais savent aussi  ne pas savoir, vouloir, donc pouvoir résister. Quelque chose en eux ricane et est ravi de tromper le père en baisant la mère. C’est pour cela que la perversion est le plus souvent inaccessible à la psychanalyse. Mais si sa motivation est assez forte, alors, c’est rendu possible.

En fait, si le sujet psychotique est bouffé par l’inceste, le sujet pervers en est détruit, mais    peut se reconstruire s’il le veut. Le psychotique peut  de son coté espérer s’ en sortir si la métaphore  du nom du père manquante peut au moins trouver de quoi être jouée par un « symtôme » qui peut être comme pour Joyce selon lui, l’écriture. Freud disait que même  un délire peut jouer ce rôle, que j’appellerais de passeur vers la guérison, enfin, quelque chose qui permet au sujet de tenir sans être complètement dissout dans son réel, donc déconnecté de la réalité.

Le pervers est passé par la castration, puis a régressé car ça lui a été intolérable. Le  psychotique n'y est jamais parvenu.
Le fait d'avoir regressé fait que le pervers  frôle mais échappe à la psychose fixée,elle, avant la castration. Le pervers tient à son illusion (imaginaire) d'être ce qu'il faut à l'autre pour le compléter, le déni (imaginaire et réel) remplaçant l'hallucination psychotique (réel), mais comme on le voit dans le regard qui ne voit rien que leur jouissance des aficionados sur la corrida, n'en est pas loin. On pourrait parler dun mécanisme dedefense qu'on voit plus souvent chez les schizophrènes : l’isolation. Le pervers aficionado, tout regard ne voit rien de ce  qui se passe par identification à la victime puisqu’il ne le veut pas. Ce qu'il veut, c’est que cette horreur le fasse jouir, pas autre chose qui puisse troubler sa montée vers l’orgasme  qui explose dans les mises à mort.

Le souci avec le pervers, c’est que, contrairement au fou, il a l’air tout à fait  normal, en dehors du moment où il est pris par sa perversion, dans un passage à l’acte.

De plus, il fascine car il jouit sans se soucier du quand dira ton…il ne connaît pas la honte s ni le sentiment de culpabilité qui envcombre le névrosé moyen. Il fait ce dont tout névrosé fantasme, rêve, mais ne fera pas, ou alors en en souffrant beaucoup, des années plus tard encore, car lui se sait coupable et à la limite peut être en grand conflit avec lui-même, et se haïr d’avoir cédé à sa jouissance.

Car ce qui est certain, c'est que le pervers ne voit pas le réel, mais ce qu'il veut y voir pour se sentir exister. Or il ne peut exister qu'en croyant que ses sévices, ses forçages ne sont pas son désir mais du désir de l'Autre qui a besoin de ça, selon son fantasme pervers.

Lire absolument dans les Ecrits le magistral texte de Lacan : Kant avec Sade.
Alors que le psychotique  ne voit pas plus que le pervers le réel réel   ce qu'il voit lui est imposé (comme) par le désir de l'Autre de manière aussi réelle que nous percevons la réalité,le psychotique n'a pas d'imaginaire. Il est halluciné.

Ce qu'il voit ne vient pas de son désir. il ne trafique pas le réel comme le fait le pervers. Mais c'est très proche pourtant.
Le psychotique subit le  réel imposé par son délire et ses hallucinations. Il ne le fait pas, mais le réel le fait. Avec le psychotique, tout est, de son point de vue, réel.

Le pervers est l'envers du névrosé en cela qu'il passe à l'acte dans le réel , là où le névrosé se contente de son fantasme imaginaire pour jouir. Le pervers peut se croire proche de l'artiste en cela qu'il crée, par son déni du réel réel , qu'il crée donc,  comme l'artiste, un réel. Mais   au lieu de s'en tenir à cette création imaginaire comme un névrosé ou d'en faire une œuvre  sublimant ses pulsions en les rendant inoffensives comme l'artiste, il passe à l'acte et détruit l'autre à qui il dénie toute capacité de choisir son destin. Il   ne  met  pas entre sa jouissance et ses actes la barrière de la reconnaissance que ce que veut l'autre est une énigme qui lui appartient et que lui, le pervers, ne peut savoir à sa place.

A  la question angoissante du désir de l'Autre: que veut la mère? il répond comme le fait le bébé-phallus: "MOI, rien queue- moi!" C'est pour cela que le pervers est désarmé par la manifestation contraire de l'Autre qui, au lieu de lui dire merci, l'accuse.

Le psychotique, lui, est déjà le lieu de la jouissance de l'Autre. La question ne se pose pas. il en est la réponse. Le psychotique ne doute donc pas.   Le pervers ne doute pas plus, il "sait", en fait il croit que tout ce que veut l'Autre, c'est lui.

Le psychotique paranoïaque ne doute pas du fait que l'Autre lui veut du mal. Le pervers ne doute pas qu'il veut du bien à l'Autre et que lorsque lui, le pervers, jouit, l'Autre aussi, et réciproquement puisqu'il est, lui, le serviteur de la jouissance de l'Autre. Cette jouissance de l'Autre est la raison d'être du pervers qui s'en fait l'instrument, la chose, plus que l'esclave.

Si l'Autre dit au paranoïaque: "je ne te veux pas de mal",il sera entendu comme menteur, menace de nouvelles entourloupettes.

Si l'Autre dit au pervers:"tu ne me fais pas de bien", il sera entendu comme monstre d'ingratitude, le niant, lui, ce qui le rend...fou de rage puisque c'est sa fonction unique, sa raison d'être, qui lui est refusée par cet individu de mauvaise foi, ce traître qui désire ailleurs, le menaçant d'un tiers, donc  d'un père.  Donc de la loi d'interdiction de l'inceste, ce que le pervers fuit, ne veut pas voir, s'aveugle pour ne pas être aveuglé comme Oedipe le fit (castration de la pulsion scopique) pour avoir vu ce qu'il est interdit de voir: sa mère jouissant (remplacée par la souffrance et la mort du taureau pour la perversion tauromachique).

Le pervers hait celui qui lui ouvre les yeux par peur de la pire des sanctions: son savoir sur lui et sur l'Autre, pouvoir entendre l'Autre, son propre sentiment de culpabilité.  et cerise sur le gâteau: la castration symbolique obligatoire pour devenir un sujet humain. Mais, contrairement au psychotique, le pervers sait. Il fait comme si il ne savait pas. Ainsi, la castration déniée est reconnue en prélevant au martyr ce qui manque à ses tourmenteurs: la queue...et les oreilles des sourds que sont les gens du mundillo.  

J'espère que ma petite élaboration vous aura servi de point de départ à une  réflexion sur le "qui suis-je?" qui devrait s'imposer à tous pour se donner les limites que l'éthique impose.

 

A une relation aficionada, ami d'un  ami, j'ai écrit ceci :

Tu noteras un des traits commun à toutes les perversions, je pense: l'absence d'empathie. C'est à dire une nécrose de sa capacité à s'identifier à la victime comme telle. Il est évident que  si l'aficionado s'identifie au taureau, c'est en jouissant d'un rapport sexuel sado-maso  imaginaire. L'enfant très jeune confond la scène primitive (le coït de ses parents) avec un  rapport violent. Le pervers aficionado  confond un rapport violent avec une scène d'amour. C'est cela la perversion. Le déni de ce qui est, au bénéfice de ce qu'on veut qui soit.

J'y rajouterai l'illusion de sa légitimité, de sa toute-puissance, et aussi celle de tout savoir sur ce qui est bien pour soi et pour l'autre. C'est pour cela qu'un pervers ne peut savoir qu'il fait mal tant que la justice  et l'opprobre sociale ne le lui disent pas.

C'est en cela que la loi doit faire son devoir. Or l'alinéa 7 est au contraire pervers en cela qu'il est complice de la perversion de l'imundillo. je ne dis pas que chaque tauromaniaque est pervers. Je dis que la position de chacun est alors de la perversion sociale. Un peu comme Freud dit que la religion est une névrose obsessionnelle sociale.

Mais tu dois penser que je suis folle...ce qui est vrai car j'ai l'illusion que tu pourrais changer, t'émouvoir devant la souffrance atroce des animaux alors que justement tu ne peux être que dans le déni sinon tu ne supporterais pas plus que moi ces abominations.

 

 

Mais on a vu parfois quelqu'un enfin VOIR ce qu'il se cachait, traitant le réel comme une anamorphose. Y compris parmi les assassins, comme le sont les toreros. 

C'est dans cette optique que je lutte, en attendant que la loi suive le chemin de la raison, c'est à dire ne se comporte plus comme l'esclave jouissant du maître pervers. Ça ne rend pas service au pervers qui se tient en deçà d'être un sujet du fait que son refus de la castration le tient en état d'esclave, lui, de chose, d'addict à une jouissance de l'Autre qui le ravale au rang d'ordure indigne, c'est à dire d'objet a, d'abject, et non de sujet désirant. Relevez vous, l’Autre vous voit et sait que ce que vous   faites est hors la loi! Loi qui interdit l’inceste à distinguer de la loi perverse des hommes, loi qui vous autorise au pire et vous confine dans l’abjection désubjectivisante.

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Roland Paret 31/07/2011 19:46



Bonjour


bel article Jo, de tout coeur avec vous, encore une fois.